Commentaires d'Yves Coleman et de Nico Dessaux sur le texte AWL de novembre 2003

Submitted by AWL on 24 June, 2005 - 12:14

ND : Voici quelques points de remarques jetĂ©es rapidement sur le texte. Je peux les dĂ©velopper si nĂ©cessaire, c’est-Ă -dire s’il y a une rĂ©elle volontĂ© d’en discuter.

Je les ai ajoutĂ© Ă  celles d’YC, dont je partage pour l’essentiel les remarques. Disons, Ă  grands traits, que je trouve le projet trĂšs ancrĂ© d ans le passĂ©, dans une histoire centrĂ©e sur le trotskisme, et la vision trop idĂ©ologique, plus idĂ©aliste que vraiment matĂ©rialiste s’il faut utiliser les grands mots trop peu ancrĂ©e dans les changements actuels du capitalisme et de la classe salariĂ©e – comme si la rĂ©fĂ©rence Ă  l’histoire interne du mouvement Ă©touffait la comprĂ©hension du mouvement historique de la sociĂ©tĂ© mondiale. Il y a frĂ©quemment contradiction entre la volontĂ© affichĂ©e de renouveler le discours de la gauche – qui est d’ailleurs posĂ©e comme un but en soi – et la rĂ©pĂ©tition faiblement critique d’un discours lui mĂȘme peu renouvelĂ©. Quand aux perspectives posĂ©es en derniĂšre partie, elles m’apparaissent bien floues


Projet de bases politiques,
rédigé par l'AWL
pour la réunion internationale du 10 novembre 2003 à Paris

1. Il existe aujourd'hui des ouvertures pour la gauche rĂ©volutionnaire telles que nous n'en avons pas connu depuis deux dĂ©cennies. La formidable vague d'opposition Ă  la guerre de Bush et Blair contre l'Irak, la montĂ©e des mouvements anticapitalistes, la croissance des nouveaux mouvements ouvriers dans les ex-pays coloniaux et le renouveau encore limitĂ© mais significatif d’un authentique syndicalisme dans quelques vieilles puissances industrielles se combinent pour crĂ©er cette situation.

NPNF/English : It would better to give some examples both in the ex colonial world and in the older industrial countries (for the latter I have some strong doubts).
NPNF/Français/Il vaudrait mieux donner quelques exemples Ă  la fois pour les ex pays coloniaux (Afrique du Sud, BrĂ©sil, CorĂ©e du Sud ?) et pour les vieux pays industrialisĂ©s (en ce qui concerne ces derniers, j’éprouve quelques doutes).

ND : Difficile de s’appuyer sur deux mouvements qui reconnaissent ĂȘtre en crise (antiglobalisation, mouvement contre la guerre en Irak). Il vaudrait mieux, comme le souligne YC, partir d’exemples concrets de nouveaux mouvements de salariĂ©-es dans diffĂ©rents pays, de ruptures significatives par rapport Ă  l’ancien mouvement et sur les changements intervenus dans la composition mondiale de la classe ouvriĂšre. D’autre part, le terme d’anticapitalisme est trĂšs flou, puisqu’un mouvement anticapitaliste peut ĂȘtre, selon les forces en prĂ©sences et la situation rĂ©elle, communiste ou rĂ©actionnaire. La notion de syndicalisme authentique est elle-mĂȘme floue : un syndicat peut avoir une vĂ©ritable base salariĂ©e, une large indĂ©pendance vis-Ă -vis de l’état et du patronat, sans avoir de visĂ©es rĂ©volutionnaires. Il ne le devient de fait que lorsque les rapports de classe existants rendent ses revendications incompatibles avec l’ordre capitaliste – ce qui n’est toujours le cas. Je suis par contre d’accord avec l’idĂ©e qu’il existe une ouverture Ă  gauche, mais je la fonderais plutĂŽt sur les transformations des rapports sociaux Ă  l’échelle mondiale, sur les changements de perspectives introduits par la globalisation croissante du capital.

2. Malheureusement, l'organisation unie de la gauche dont la classe ouvriùre a besoin n'existe pas, pas plus d’ailleurs qu’une gauche marxiste politiquement solide.
NPNF : This remark is very general. What do you mean precisely by « adequate » ?
Cette remarque est trÚs générale. Que signifie pour vous le terme « adéquate » ?

ND : D’accord avec YC. L’unitĂ© n’a pas de valeur « en soi ». Il convient de fixer des perspectives simples et claires. Si nous parlons de l’Europe, alors la question la plus urgente est celle des organisations de salariĂ©s Ă  l’échelle europĂ©enne – qui ont plus de trente ans de retard sur celles du patronat. Si nous parlons du monde, la question concrĂšte n’est pas d’aligner des sections dans chaque pays, mais d’organiser la solidaritĂ© effective entre organisations de diffĂ©rents pays, notamment entre pays » riches » et « pauvres », aussi sommaire que soit cette catĂ©gorisation. Le « malheureusement » est lui-mĂȘme malheureux, car il tombe comme un simple constat, sans explication de cette absence, sans rĂ©fĂ©rence au mouvement rĂ©el de la classe ouvriĂšre.

3. Il existe un nombre important d'organisations qui plongent leurs racines dans la tradition trotskiste — la tradition de ces communistes qui, dĂšs le dĂ©but des annĂ©es 20, ont combattu la classe dirigeante stalinienne qui s’est emparĂ©e du pouvoir en URSS et a pris le contrĂŽle des partis communistes. Mais ces groupes ont Ă©voluĂ© et subi des mutations dans diffĂ©rentes directions au fil des dĂ©cennies.
NPNF : From the start you choose to overstress the importance of one political tradition which not only has not made any balance of its defence of the USSR and the disappearance of a socalled workers states and several degenerated workers states but whose « trotskysm » has less and less meaning today for the younger generations. Who today knows the content of the First Four Congresses of the Third International ? Who is really interested by a discussion about the nature of the USSR ? Who knows what the « unconditional defence of the USSR » means ? Very few people, I’m afraid, even if these questions are obviously important.
If you want to mention Trotsky and trotskysm, it would be fair to mention that it took Trotsky a long time to understand what was happening in Russia. Let’s not forget that he fought against the other Left oppositions inside the Bolshevik Party (the Workers Opposition, the Democratic Centralism group, etc. and these discussions continued until the late 1930s inside Russian jails) and outside the Bolshevik Party (starting with the anarchists) ; he was first in favor of banning the fractions inside the Party ; he theorized the militarization of labor and the submission of trade unions to the State and the Party ; he approved the Cronstadt repression until his death ; he waited 1933 and Hitler’s victory to realize the width of the stalinist counter-revolution and the necessity of a new International, etc. If your aim, with this platform, is to integrate in the discussion other groups than trotskyst groups I would leave the question more open and quote other oppositions to Stalinism, and their positive or negative role.
DĂšs le dĂ©part de ce texte vous choisissez de donner une importance primordiale Ă  une tradition politique qui non seulement n’a pas fait le moindre bilan de sa dĂ©fense inconditionnelle de l’URSS pendant 60 ans ni de la disparition des prĂ©tendus Etats ouvriers dĂ©formĂ©s d’Europe de l’Est. Mais dont le trotskysme a de moins en moins de sens aujourd’hui. Si vous voulez mentionner l’importance des idĂ©es de Trotsky, vous devez aussi mentionner qu’il lui a fallu beaucoup de temps pour comprendre ce qui se passait en URSS. N’oublions pas que Trotsky a combattu toutes les autres oppositions de gauche au sein du Parti bolchevik (l’Opposition ouvriĂšre, le groupe Centralisme dĂ©mocratique, etc. et que les discussions ont continuĂ© jusque dans isolateurs de Vorkouta
), qu’il a d’abord Ă©tĂ© en faveur de l’interdiction des fractions dans le Parti, qu’il a thĂ©orisĂ© la militarisation du stravail et la soumission des syndicats Ă  l’Etat et au Parti, qu’il a approuvĂ© la rĂ©pression de Cronstadt jusqu’à sa mort, qu’il a attendu 1933 pour se rendre compte de l’ampleur de la contre-rĂ©volution stalinienne et de la nĂ©cessitĂ© d’une nouvelle Internationale, etc. Si votre objectif, avec cette plateforme, est d’intĂ©grer d’autres groupes que des groupes trotskystes il me semble qu’il faudrait laisser la question plus ouverte et cite les autres oppositions au stalinisme Ă  l’intĂ©rieur comme Ă  l’extĂ©rieur des Partis communistes.

ND : Tout Ă  fait d’accord avec YC. Sans rentrer dans l’histoire de l’Opposition, il vaudrait mieux simplement constater, prosaĂŻquement, que des courants partis de points de dĂ©parts trĂšs divergents sont finalement arrivĂ©s Ă  des conclusions voisines sur la question de l’URSS, tandis que le courant trotskiste a Ă©clatĂ© en une kyrielle d’opinions opposĂ©s en tous points. Mais c’est encore une vision idĂ©ologique de la question : « l’opinion » qu’émet tel ou tel groupe, tel ou tel auteur sur la nature de l’URSS et du stalinisme n’est pas sans rapport avec sa propre position dans le rapport de classes. Ce qui importe, c’est de savoir si ces courants ont cherchĂ© une explication dans un cadre d’analyse fondĂ© sur l’exploitation, le salariat et la lutte de classes, ou non – c’est la diffĂ©rence entre un communiste et un moraliste.

4. GĂ©nĂ©ralement, ces groupes sont devenus des sectes plus ou moins autoritaires. Depuis de trĂšs nombreuses annĂ©es, les groupes et groupuscules de l'archipel nĂ©o-trotskiste ont peu de contacts entre eux, et ne collaborent pratiquement jamais, mĂȘme sur les questions Ă  propos desquelles ils sont pourtant d’accord. Ils n’entretiennent pas non plus de dialogue sur les problĂšmes politiques qui les divisent.
NPNF : Once more your perspective is limited to the trotskyst world which I doubt will radically change in a positive direction in the future. Why not mentioning other political forces, marxist or anarchist, or even ecologist or feminist if they have a socialist agenda, which exist on the international scale ?
Encore une fois ce point est rĂ©digĂ© dans une perspective limitĂ©e Ă  « l’archipel trotskyste » qui ne risque guĂšre de changer radicalement dans un futur proche. Pourquoi ne pas parler des autres forces politiques marxistes ou anarchistes, voire Ă©cologistes ou fĂ©ministes si elles ont une perspective socialiste, qui existent Ă  l’échelle internationale ?

ND : Le problĂšme de cette approche, c’est qu’elle jette dans le mĂȘme sac tous les courants, en dehors de leur ancrage dans la lutte de classes. Si on prend l’exemple français, il est difficile de comparer, plus encore de vouloir faire discuter, Lutte ouvriĂšre – qui est relativement en phase avec la rĂ©alitĂ© influence effectivement des milliers de salariĂ©s – et la Ligue trotskiste de France, qui vit en dehors du rĂ©el et ne touche que quelques dizaines de personnes. La taille n’est pas en soi un critĂšre, mais la capacitĂ© Ă  s’intĂ©resser au rĂ©el en est un.

5. Que pouvons-nous faire pour remĂ©dier Ă  cette situation? Pour le savoir, il faut d’abord comprendre comment nous en sommes arrivĂ©s lĂ .

6. La politique révolutionnaire est un processus incessant de groupement et de regroupement autour des réponses politiques que nous apportons aux problÚmes présents, réponses qui ont des conséquences sur tous les plans.

7. Il y a 80 ans, les partis communistes se sont sĂ©parĂ©s des partis sociaux-dĂ©mocrates et ont fondĂ©, Ă  la suite de la RĂ©volution russe, une nouvelle Internationale ouvriĂšre (l'Internationale communiste). Ils Ă©taient dĂ©cidĂ©s Ă  s’inspirer des leçons de la victoire de la classe ouvriĂšre en Russie en 1917 pour les appliquer eux-mĂȘmes dans d’autres pays.
NPNF : Same problem as before. This point implies that everybody agrees about the meaning of October 1917. It should be written in a more open way.
MĂȘme problĂšme que prĂ©cĂ©demment. Ce point suppose que tout le monde est d’accord sur la signification d’Octobre 1917. Il me semble qu’il faudrait que la rĂ©daction de ce point soit plus ouverte.

ND : Parler de victoire est un peu osé  Une victoire politique ne s’apprĂ©cie pas dans l’instant, mais dans ses effets Ă  long terme. Si on dit que le comitĂ© militaire rĂ©volutionnaire a pris le palais d’Hiver, c’est un simple constat, mais ça ne nous mĂȘme pas loin. Si on dit que la prise du pouvoir par le POSDR (b) et la crĂ©ation du Komintern ont eu un impact majeur sur le vingtiĂšme siĂšcle, si on dit que ce Komintern a tentĂ© d’exporter ses recettes, on reste dans le constat. Mais force est de constater que les recettes n’ont pas marchĂ©, ni en URSS, ni ailleurs – sans quoi, nous ne serions pas en train de discuter, nous aurions la joie de vivre dan un monde socialiste dĂ©barrassĂ© des militants d’extrĂȘme-gauche.

8. Le mouvement trotskyste, qui a défendu et repris à son compte les bases politiques originelles de l'Internationale communiste, a été, lui aussi, le produit d'un événement international qui a changé la face du monde, mais a été négatif pour la classe ouvriÚre : la contre-révolution stalinienne en URSS.

ND : C’est une lecture un peu rĂ©ductrice de l’histoire du Parti communiste russe, de la troisiĂšme internationale et de l’opposition. Le courant bordiguiste pourrait Ă©crire la m^me chose, de mĂȘme que tous les courants de l’opposition lĂ©niniste qui n’étaient pas d’accord avec Trotski, qui Ă©taient plus nombreux et souvent plus influents (Ă  commencer par le POUM espagnol). Sans parler d’autres groupes Ă©galement issus du Komintern, comme les partis communistes ouvriers d’Allemagne, de Hollande et de Russie dans les annĂ©es 20. Quelque soit le jugement politique que l’on porte sur ces courants, on ne peut leur denier le droit Ă  l’histoire. Le seul cĂŽtĂ© positif, c’est de constater que l’existence mĂȘme du trotskisme est un produit de la contre-rĂ©volution en Russie. Il faudrait logiquement en conclure qu’il ne lui reste plus qu’à s’éteindre avec l’URSS.

9. Les principaux partis communistes et l'Internationale communiste sont tombés sous le contrÎle de l'autocratie stalinienne qui avait pris le pouvoir en Russie. Durant les crises mondiales des années 1920, 1930 et 1940, les organisations qui, sous la direction de Léon Trotsky, ont défendu les positions originelles de l'Internationale communiste, ne formaient que des groupes minuscules. Leurs militants ont été persécutés et souvent emprisonnés ou assassinés par les fascistes, les staliniens et les démocraties bourgeoises.

NPNF : Il n’y a pas eu que des groupes trotskystes antistaliniens. Cette vision de l’histoire des oppositions au stalinisme est rĂ©ductrice.

ND : MĂȘme remarque que prĂ©cĂ©demment. On ne peut pas faire un travail militant sĂ©rieux sur la base d’une hagiographie historique. Ce n’est pas faire insulte aux militant-es trotskistes de ces annĂ©es que de reconnaĂźtre qu’ils / elles n’étaient pas seul-es.

10. AprÚs 1945, le monde a considérablement changé et sur de nombreux plans. L'ancienne division du monde entre des empires coloniaux rivaux dont les centres de commandement se situaient en Europe, et qui étaient séparés par des barriÚres douaniÚres étanches, a progressivement été remplacée par une nouvelle division du monde entre, d'un cÎté, un empire stalinien, et, de l'autre, un « impérialisme du libre échange » dominé par un cartel de grandes puissances capitalistes dirigé par les Etats-unis.

11. L'URSS, qui avait dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© sous le rĂ©gime stalinien et s’était dĂ©jĂ  transformĂ©e en un nouveau systĂšme d'exploitation de classe, est devenue, aprĂšs 1939-40, un nouveau centre impĂ©rialiste. Elle allait imposer et conserver sa domination politique sur l'Europe de l'Est jusqu'en 1989. D’autre part, les pays coloniaux ont connu globalement deux situations diffĂ©rentes : soit les luttes de libĂ©ration nationale ont permis de conquĂ©rir l'indĂ©pendance politique ; soit les puissances coloniales ont dĂ©cidĂ© de leur accorder l'indĂ©pendance sans combattre. DĂšs les annĂ©es 60, quelques-uns de ces Etats nouvellement indĂ©pendants sont devenus des centres d'accumulation capitaliste d'une importance significative quoique secondaire.

ND : Il faudrait, pour dire cela, commencer par affirmer qu’à un moment donnĂ© l’exploitation avait disparu en URSS et qu’elle aurait Ă©tĂ© restaurĂ©e par le rĂ©gime stalinien. LĂ©nine, qui appelait un chat un chat, considĂ©rait ouvertement le capitalisme d’état comme un objectif Ă  atteindre et n’a jamais prĂ©tendu avoir aboli l’exploitation.

12. Au sein du mouvement ouvrier et de ses organisations de masse, les mots de «socialisme» et de «communisme» ont été monopolisés et déformés par les Partis communistes et sociaux-démocrates, organisations politiquement corrompues depuis des décennies.

13. AprĂšs 1968 une nouvelle gauche rĂ©volutionnaire est apparue, mais elle n'est pas arrivĂ©e Ă  opĂ©rer une distinction suffisamment nette entre le socialisme qui exprime les intĂ©rĂȘts de la classe ouvriĂšre et les courants rĂ©volutionnaires du stalinisme. Cette nouvelle gauche a donc eu tendance Ă  se disperser et Ă  s'affaiblir Ă  partir du milieu des annĂ©es 70.

NPNF : MalgrĂ© les prĂ©cisions apportĂ©es par l’amendement sur le stalinisme, ce point implique un accord total avec la thĂ©orie du collectivisme bureaucratique. Est-ce indispensable ?

ND : C’est une vision trĂšs idĂ©ologique des Ă©vĂ©nements, fondĂ©e sur le mouvement des idĂ©es plutĂŽt que sur celui des rapports sociaux. La rupture dans le champ des idĂ©es est largement prĂ©cĂ©dĂ©e par une rupture dans la classe ouvriĂšre : montĂ©e de l’ouvrier spĂ©cialisĂ©e aux dĂ©pens de l’ouvrier qualifiĂ©, immigration massive, augmentation du travail des femmes, systĂ©matisation du travail Ă  la chaĂźne, etc
D’autre part, la plupart des courants « Ă©tudiants » ne se distinguaient en rien des courants radicaux (plutĂŽt que rĂ©volutionnaires) du stalinisme (maoĂŻsme, castrisme, guĂ©varisme nationalisme de gauche,
), quand bien mĂȘme ils se dĂ©claraient trotskystes ou mĂȘme libertaires. Leur reprocher d’avoir mal compris le socialisme est une lapalissade.

14. Le monde a de nouveau changĂ© aprĂšs les annĂ©es 1989-91. L'effondrement du stalinisme a montrĂ© que le modĂšle stalinien du «socialisme» n’avait Ă©tĂ© qu’une tentative utopique de dĂ©passer le capitalisme en se livrant une concurrence Ă  marche forcĂ©e contre lui Ă  partir de sa pĂ©riphĂ©rie. Le stalinisme a reprĂ©sentĂ© un dĂ©tour, une voie de garage, dans l'histoire mondiale du capitalisme.

NPNF MĂȘme remarque sur le stalinisme. Il existe une pluralitĂ© d’explications. Le point d’accord minimum est d’affirmer qu’il s’agit d’un systĂšme d’exploitation qu’il Ă©tait erronĂ© de dĂ©fendre, mĂȘme contre « l’impĂ©rialisme ».

ND : C’est un peu court, comme explication, et ça fait l’impasse sur le fait que la nouvelle bourgeoisie russe soit en majeure partie issue de l’appareil du PCUS, comme c’est le cas dans la plupart des autres pays de l’ancien bloc de l’Est. PlutĂŽt qu’une tentative de dĂ©passer le capitalisme, il s’agissait de le mettre ne place sous la conduite de l’état – ce qui est conforme d’ailleurs aux discussions des socialistes russes dĂšs le dĂ©but du 20e siĂšcle. En outre, on ne peut laisser de cĂŽtĂ© la spĂ©cificitĂ© du capitalisme chinois sans oublier un cinquiĂšme de l’humanité  La marche forcĂ©e vers le capitalisme sous conduite maoĂŻste, puis post-maoĂŻste peut difficilement ĂȘtre qualifiĂ©e de voie de garage.

15. Le capitalisme s’est Ă©tendu Ă  tout le marchĂ© mondial et a pu englober pour la premiĂšre fois le monde entier. Son expansion a entraĂźnĂ© aussi un accroissement de la force numĂ©rique de la classe ouvriĂšre et des liens internationaux objectifs entre les fossoyeurs du capitalisme. Mais ce phĂ©nomĂšne s'est produit aprĂšs les dĂ©faites et les Ă©checs de la gauche Ă  la fin des annĂ©es 70 et dans les annĂ©es 80, et aprĂšs le choc profond, pour la culture de la « gauche rĂ©ellement existante », provoquĂ© par l'effondrement du stalinisme. L’ascension politique de la droite nĂ©o-libĂ©rale et l’inĂ©galitĂ© croissante entre les riches et les pauvres ont façonnĂ© l’expansion capitaliste et ont Ă©tĂ© façonnĂ©es par elle.

NPNF La « gauche réellement existante » me semble un concept un peu flou. Préciser ?

ND : Il faudrait ĂȘtre plus prĂ©cis. Ce qui s’est dĂ©veloppĂ©, en l’occurrence, ce n’est pas le caractĂšre mondial du marchĂ© – il l’est depuis plusieurs siĂšcles – mais son unitĂ©, avec la diminution vertigineuse des barriĂšres douaniĂšres, et la gĂ©nĂ©ralisation de la condition prolĂ©tarienne (le plus souvent, sous la forme du chĂŽmage) et du salariat. Par contre, tout Ă  fait d’accord pour insister sur la croissance de la classe ouvriĂšre.
Il faudrait lier de façon plus claire les phĂ©nomĂšnes entre eux. Les luttes sociales des annĂ©es en Europe 70 jouent un rĂŽle important dans la globalisation du capital, en poussant la classe capitaliste Ă  employer l’industrialisation du tiers-monde comme alternative et moyen de briser les « forteresses ouvriĂšres » et les revendications sociales. La gauche (social-dĂ©mocrate et post-stalinienne) a sans doute Ă©chouĂ© Ă  porter les revendications ouvriĂšres, mais Ă©tait-ce rĂ©ellement son rĂŽle ? Si on admet qu’elle avait pour fonction essentielle de briser cette mĂȘme classe ouvriĂšre de façon plus efficace et plus radicale que ne le saurait faire la droite, on devrait plutĂŽt parler de son succĂšs.
Le nĂ©o-libĂ©ralisme n’est pas plus de droite que de gauche, puisqu’il est l’idĂ©ologie commune de la social-dĂ©mocratie et des conservateurs. C’est l’idĂ©ologie nĂ©cessaire de la globalisation, de la restauration de l’état par l’apurement de la dette, d’une conception rĂ©ellement capitaliste de la souverainetĂ© et de la gouvernance.

16. L’apparition des nouveaux mouvements anticapitalistes de ces derniĂšres annĂ©es a coĂŻncidĂ© avec l’émergence d’une nouvelle gĂ©nĂ©ration de militants « radicaux ». Leurs formes de culture « alternative » leur ont permis de dĂ©noncer les maux du capitalisme, de commencer Ă  imaginer une autre vision du monde, et Ă  former des rĂ©seaux internationaux.

ND : Il faudrait caractĂ©riser plus nettement ce qui, dans les mouvements « anticapitalistes » actuels, va dans le sens de la communisation, d’un dĂ©passement de la globalisation capitaliste par la globalisation communiste, de la rupture avec la sociĂ©tĂ© d’exploitation, et ce qui va dans le sens du retour Ă  l’état-nation, Ă  l’état-providence, voire au formatons sociales antĂ©rieures au capitalisme.

17. Tout nouveau mouvement rĂ©volutionnaire commence par le refus d'accepter le monde capitaliste actuel et la forte conviction qu'un autre monde est possible. Vu les sens accordĂ©s gĂ©nĂ©ralement aux mots « socialisme » et « communisme » durant les cinquante derniĂšres annĂ©es, le fait que les nouveaux mouvements anticapitalistes refusent, pour la plupart, d’employer ce vieux langage est un signe prometteur pour l'avenir. Mais ce choix implique aussi une certaine attitude « antipolitique », une prĂ©fĂ©rence, chez ces nouveaux groupes, pour les actions symboliques, spectaculaires, et les confrontations thĂ©Ăątrales.

NPNF : Je ne suis pas sĂ»r que le refus d’employer des termes socialisme ou communisme soit un signe prometteur pour l’avenir. Surtout quand on sait que les dirigeants du mouvement altermondialiste sont des ex-staliniens ou des toujours tiermondistes : en clair de chauds partisans du capitalisme d’Etat
 ou du collectivisme bureaucratique !

18. Il incombe Ă  la gauche marxiste organisĂ©e, aux forces qui se battent pour dĂ©fendre et dĂ©velopper une certaine continuitĂ© de la pensĂ©e rĂ©volutionnaire, d'apprendre de ces nouveaux mouvements mais aussi de les aider Ă  passer d’une attitude « antipolitique » Ă  des stratĂ©gies politiques positives.

ND : Que faut-il entendre par « politique » ? S’agit-il simplement de leur enseigner les bienfaits du marxisme, ou s‘agit-il de poser la question du pouvoir politique ?

19. Depuis la mort de Trotsky, les groupes trotskystes qui ont survĂ©cu se sont trouvĂ©s assiĂ©gĂ©s et isolĂ©s pendant des dĂ©cennies. Beaucoup de leurs cadres les plus expĂ©rimentĂ©s et les plus compĂ©tents ont Ă©tĂ© tuĂ©s pendant la Seconde Guerre mondiale. Leur culture politique a subi un dĂ©clin catastrophique. La plupart d'entre eux ont adoptĂ©, sous des formes variĂ©es, le style d’organisation apparemment « efficace » des partis staliniens. Ils n'ont pas Ă©tĂ© capables d’affronter correctement les principaux changements qui se sont produits dans le monde depuis un demi-siĂšcle.

NPNF Il faudrait encore une fois Ă©largir les rĂ©fĂ©rences politiques. Quant Ă  dire que les trotskystes n’ont pas compris les principaux changements depuis 50 ans, on pourrait tout aussi bien dire qu’ils ont commencĂ© par ne pas les comprendre dĂšs 1917 ! La polĂ©mique purement interne au mouvement trotskyste n’intĂ©resse que
 les trotskystes.

ND : Ce style d’organisation Ă©tait celui proposĂ© par Trotski, contre ses propres Ă©crits d’avant 1917
Mais peu importe, tout Ă  faut d’accord avec YC sur le fait qu’on n’avancera pas beaucoup en restant dans l’histoire et la mythologie trotskiste. Cette façon de n’exister que dans une gĂ©nĂ©alogie, dans une lĂ©gitimitĂ© historique et une figure tutĂ©laire iconique, plutĂŽt que dans une relation au rĂ©el, est prĂ©cisĂ©ment ce qui empĂȘche de comprendre les changements.

20. Depuis 1989-1991, les groupes trotskystes connaissent une dĂ©sorientation croissante : ils ne savent plus dĂ©finir des stratĂ©gies et des notions politiques positives, ils ont tendance Ă  se fondre et Ă  se diluer dans un « anticapitalisme » et un « anti-impĂ©rialisme » purement nĂ©gatifs et rĂ©actifs. Par exemple, de soi-disant marxistes ont cherchĂ© Ă  conclure des alliances avec l'intĂ©grisme islamique en invoquant son prĂ©tendu « anti-impĂ©rialisme ». Mais le palĂ©o-impĂ©rialisme de l’intĂ©grisme islamiste (ou des Etats qui cherchent Ă  rĂ©aliser des conquĂȘtes rĂ©gionales tels que la Serbie de Milosevic ou l'Irak de Saddam Hussein) est rĂ©actionnaire. Une stratĂ©gie politique qui est incapable de reconnaĂźtre de tels faits n’arrivera pas non plus Ă  aider les mouvements de protestation anti-capitaliste d'aujourd'hui Ă  acquĂ©rir une culture nouvelle, rĂ©volutionnaire, et potentiellement hĂ©gĂ©monique.

NPNF Tout Ă  fait d’accord. Mais cette « dĂ©sorientation » toujours tous les courants dits rĂ©volutionnaires pas simplement les trotskystes. Aucun bilan sĂ©rieux n’a Ă©tĂ© fait du stalinisme par tous les courants. Quant Ă  l’anti-impĂ©rialisme ce n’est qu’un sous-produit du tiers-mondisme qui a une longue histoire, Ă  commencer par le CongrĂšs des peuples de Bakou organisĂ© par la TroisiĂšme Internationale.

ND : MĂȘme remarque que prĂ©cĂ©demment. A partir du moment oĂč on a constatĂ© que le trotskisme Ă©tait un produit, par son histoire et ses origines, de la contre-rĂ©volution en Russie, il n’y a pas Ă  s’étonner qu’il ne lui survive pas – mĂȘme si ses appareils cherchent ça et lĂ  une planche de salut en se plaçant en remorque de tel ou tel anticapitalisme, tel ou tel anti-impĂ©rialisme, comme ils l’ont fait jadis avec les diffĂ©rents courants sociaux-dĂ©mocrates ou staliniens. Il serait plus fructueux d’analyser de façon critique les notions mĂȘmes d’anticapitalisme et d’anti-impĂ©rialisme, d’en mettre en lumiĂšre les limites ou au moins, de ramener la notion d‘impĂ©rialisme Ă  son concept originel, dont l’acception actuelle n’est qu’une pale copie.

21. Pour crĂ©er un cadre favorable Ă  un nouveau mouvement rĂ©volutionnaire international uni, il nous faut deux choses : rĂ©tablir une politique ouvriĂšre positive, en s’appuyant sur une rĂ©novation et un renouvellement des idĂ©es politiques ; dĂ©finir une nouvelle mĂ©thode d'organisation dĂ©mocratique, rationnelle et anti-autoritaire.

NPNF Le mot anti-autoritaire me va parfaitement. Je ne sais pas quel connotation il a en anglais mais en français il a une connotation nettement anarchiste ou libertaire. Cela est lĂ©gĂšrement contradictoire avec les rĂ©fĂ©rences positives aux bolcheviks, Ă  l’IC et Ă  LĂ©nine et Trotsky qui parsĂšment ce texte. Il serait bon de dĂ©velopper ce point et que les camarades de l’AWL prĂ©cisent ce qu’ils veulent dire.

ND : MĂȘme question sur l’usage exact du mot politique. S’agit-il de mettre la question du pouvoir politique et de la destruction de l’état bourgeois au centre de l’activitĂ© ? Comment concilier cela avec une optique anti-autoritaire sans interroger de maniĂšre critique le courant qui s’en rĂ©clame ?

22. Ces deux tĂąches sont inextricablement liĂ©es. Il ne peut y avoir de rĂ©novation politique et de rĂ©flexion politique vivante face au monde perpĂ©tuellement changeant sans de libres discussions. Et il ne peut y avoir de libres discussions sans une organisation qui se soit libĂ©rĂ©e de tout dogme, de toute indiffĂ©rence Ă  l'Ă©gard de la grande et saine tradition rĂ©elle de LĂ©nine et de Trotsky, mais aussi du pouvoir dĂ©formateur des grands prĂȘtres, des prophĂštes autoproclamĂ©s ou des collĂšges de cardinaux des groupes marxistes. Une organisation qui se soit libĂ©rĂ©e Ă©galement de toute rĂ©pression des opinions minoritaires telle qu’elle est pratiquĂ©e dans beaucoup dans ces groupes, ce qui entraĂźne l’apparition de fractions qui combattent pour prendre la place du dictateur ou, si elles perdent la bataille, qui choisissent par facilitĂ© de scissionner et de fonder une nouvelle organisation.

NPNF La référence à Lénine et Trotsky sans autre précision « plombe » les autres affirmations contenues dans ce point.

ND : Je constate avec plus que d’ Ă©tonnement qu’apparaissent seuls les noms de LĂ©nine et de Trotski, plutĂŽt que celui de Marx lui-mĂȘme. Mais YC a mille fois raisons de souligner qu’on ne peut pas, sans flirter avec le ridicule, concilier libre examen et figures tutĂ©laires d’une maniĂšre aussi leste.

Je ne crois pas plus au culte de l’unitĂ© pour l’unitĂ© qu’à celui de l’unitĂ© thĂ©orique. Ce qui dĂ©termine le fonctionnement, ce sont les conditions sociales et politiques, les mouvements sociaux, et les objectifs que se fixent le groupe, pas une conception a priori de ce que doit ĂȘtre l’organisation. Le modĂšle bolchevik initial est celui d’un groupe d’opposition semi-clandestine, avec une direction composĂ©e d’intellectuels, dirigĂ©e depuis l’émigration et agissant contre un rĂ©gime policier dans un pays en cours d’industrialisation rapide mais trĂšs concentrĂ©e. Le modĂšle Kominternien est celui d’un Ă©tat policier utilisant des partis politiques comme une courroie de son systĂšme d’espionnage et de diplomatie. Tout cela Ă  des implications fondĂ©es dans le rĂ©el. Dans le cas d’un mouvement de la classe salariĂ©e agissant dans une Europe dĂ©mocratique, rien n’oblige Ă  ĂȘtre ensemble (unitĂ© formelle de courants en tout points dissemblables, dont la LCR française est un bon exemple), pas plus qu’à se sĂ©parer sur des points de dĂ©tail qui n’ont pas d’implications directes sur le rĂ©el.

Le projet de rĂ©nover le mouvement ouvrier implique a minima la critique de ses faiblesses et un ardent travail de propagande pour faire triompher les conceptions nouvelles qui sont supposĂ©es y remĂ©dier. Il suppose la mise au point d’un nouveau corpus, donc une grande libertĂ© de recherche et de discussion, mais aussi une certaine cohĂ©rence dans les fondements de cette critique.

23. Comment peut-on avancer Ă  partir de notre situation actuelle? Il nous faut esquisser des bases minimales, sur le plan organisationnel et politique, pour une unitĂ©, au dĂ©part assez souple mais solide, qui aurait comme perspective de crĂ©er, Ă  terme, une nouvelle internationale socialiste et ouvriĂšre. Nous, groupes et militants individuels de diffĂ©rents pays, nous proposons de contribuer Ă  ce processus en nous mettant d'accord sur une plate-forme internationale. Nous proposerons ce projet Ă  d'autres groupes et militants pour qu’ils le discutent, et nous mettrons aussi d'accord sur quelques activitĂ©s et discussions sur la base de cette plate-forme.

ND : Et si ‘Internationale, avec ses sections nationales sĂ©parĂ©es les unes des autres, Ă©tait prĂ©cisĂ©ment l’une des erreurs Ă  ne pas reproduire ? Cela mĂ©riterait au moins d’ĂȘtre discutĂ©.

24. Voici les principales bases d’accord politiques que nous proposons :

25. Travailleurs de tous les pays, unissez-vous ! A la mondialisation du capital, opposons la solidarité internationale ! Contre toutes les guerres, excepté celles de libération nationale ou sociale !

ND : Ca commence plutĂŽt mal. Il vaudrait mieux opposer la communisation mondiale Ă  la mondialisation du capital, plutĂŽt que la solidaritĂ© qui est assez abstraite dans ce contexte. Et si l’on prĂ©voit dĂ©jĂ  deux exceptions, dont l’une mĂ©riterait Ă  tout le moins une solide discussion : les luttes de libĂ©ration nationale apparaissent ici en contradiction avec le jugement nĂ©gatif sur le manque de distinction entre socialisme et « stalinisme rĂ©volutionnaire » de la nouvelle gauche. Quand Ă  la guerre de libĂ©ration sociale, elle mĂ©riterait d’ĂȘtre abordĂ©e clairement ; mais cela implique, une fois de plus, de poser clairement la question du pouvoir politique et de la destruction de l’état bourgeois.

26. Le socialisme authentique reprĂ©sente l’exact opposĂ© du modĂšle stalinien : il vise Ă  remodeler la sociĂ©tĂ© selon les principes de la solidaritĂ© ouvriĂšre et de la dĂ©mocratie rĂ©elle. Ni l'URSS stalinienne, ni les Etats survivants qui suivent son modĂšle tels que le Cuba et la CorĂ©e du Nord, n’incarnent le socialisme que nous voulons. Au contraire, ce sont des systĂšmes d'exploitation de classe qui ne sont nullement post-capitalistes, mais des rĂ©gimes autocratiques qui suppriment toute vie politique indĂ©pendante pour la classe ouvriĂšre.

ND : Le communisme n’est pas la solidaritĂ© ouvriĂšre, mais l’abolition de la condition ouvriĂšre, l’abolition de la classe ouvriĂšre, du salariat et du travai, le libre dĂ©veloppement de l’activitĂ© humaine. C’est une distinction importante, car il reste encore toute une mythologie de l’apologie de l’ouvrier et du travail, une conception d’une sociĂ©tĂ© fondĂ©e sur le modĂšle des valeurs rĂ©elles ou supposĂ©es de la classe ouvriĂšre -– alors que celle-ci n’existe comme classe que dans le rapport social capitaliste – en contradiction totale avec les aspirations des ouvriers eux mĂȘme (et des Ă©crits de Marx, mais c’est moins grave).

27. L'auto-Ă©mancipation de la classe ouvriĂšre est le principal moyen d’arriver au socialisme. Nous combattons donc pour l'indĂ©pendance politique de la classe ouvriĂšre et nous nous opposons Ă  tout « front populaire ».

28. Le contrĂŽle ouvrier et la planification dĂ©mocratique sont les seuls moyens d’empĂȘcher la classe capitaliste de dĂ©truire l'environnement de la planĂšte car la bourgeoisie cherche uniquement Ă  augmenter au maximum ses ventes et ses profits.

NPNF Les deux revendications ci-dessus sont des tartes Ă  la crĂšme trotskystes depuis 70 ans. Il me semble dommage de rĂ©duire la propagande socialiste Ă  des mots d’ordre vagues qui peuvent ĂȘtre repris et ont Ă©tĂ© repris par toutes sortes de tendances rĂ©formistes qui ont vidĂ© ces mots de leur sens ou lui ont donnĂ© un sens parfaitement capitaliste.

ND : D’accord avec YC. Cela demanderait a ĂȘtre trĂšs largement prĂ©cisĂ©. Le contrĂŽle d’une centrale nuclĂ©aire par ceux qui y travaillent ne la rend pas moins nocive pour l’environnement – c’est une question qui concerne toute l’humanitĂ©, pas seulement celles etc eux qui y travaillent. Et la planification n’est pas en soi une panacĂ©e : son contenu rĂ©el reste Ă  dĂ©finir. A la rigueur, une dĂ©claration d’intention sur le dĂ©veloppement durable aurait moins le mĂ©rite de tenir compte du vocabulaire actuel.

29. Pour une orientation en direction de la classe ouvriĂšre et du mouvement ouvrier tels qu'ils sont, afin de transformer le mouvement ouvrier. Soutien actif et participation aux luttes des travailleurs Ă  tous les niveaux, y compris les plus petites actions syndicales pour dĂ©fendre et Ă©tendre les acquis sociaux. Pour la dĂ©mocratie et le dĂ©bat ouvert au sein du mouvement ouvrier ; pour l’organisation des militants de base au sein des syndicats. Pour la promotion de la reprĂ©sentation politique de la classe ouvriĂšre, ce qui signifie, dans de nombreux pays, la lutte pour crĂ©er un nouveau grand parti des travailleurs.

NPNF : Pourquoi limiter les perspectives des luttes aux seuls syndicats qui ne reprĂ©sentent gĂ©nĂ©ralement qu’une infime partie ne serait-ce que des effectifs de la classe ouvriĂšre ?
Le parti des travailleurs : quel contenu ? L’expĂ©rience du PT montre que ce n’est pas une recette magique, loin de lĂ  ! En quoi les prochaines expĂ©riences, si elles se produisent, seraient-elles diffĂ©rentes ? Quels garde-fous se donner ?

ND : Le point de vue est ambigu, car sous-tendu par une apparente extĂ©rioritĂ©. Je ne cois pas que l’AWL soit essentiellement composĂ©e de rejetons de la bourgeoisie qui veuillent « aller au peuple » ou amener Ă  la classe ouvriĂšre la conscience de la petite-bourgeoise. Et si ses militants sont pour l’essentiel des salariĂ©s, alors il faut partir de lĂ . Par contre, d’accord avec YC pour nuancer sur la question syndicale : il faut partir de la rĂ©alitĂ© des luttes et des situations syndicales. On ne peut raisonner de la mĂȘme maniĂšre en Angleterre, en France, en Allemagne ou en Chine sur la question syndicale, de mĂȘme qu’on aborde pas les luttes sociales de la mĂȘme maniĂšre dans une usine de 10 000 ouvriers, dans une autre de 150, dans un collĂšge, dans un fast-food ou dans une entreprise de nettoyage oĂč le travail au black domine. Une orientation partant de la classe ouvriĂšre implique une connaissance profonde de toutes ses nuances, une Ă©valuation des possibilitĂ©s et des formes de luttes applicables dans chaque secteur, pas le placage d’un cadre idĂ©al – dont la validitĂ© ne fait, elle, l’objet d’aucun examen critique.

30. Pour un gouvernement des travailleurs, un gouvernement fondĂ© sur les organisations fondamentales de la classe ouvriĂšre et responsable devant elles ; un gouvernement qui dĂ©fendrait les intĂ©rĂȘts de la classe ouvriĂšre contre la rĂ©sistance des capitalistes: pour la restauration des droits syndicaux, la reconstruction des services publics nationalisĂ©s sous le contrĂŽle des travailleurs et de la population, la taxation des riches et l’expropriation des grands groupes capitalistes, etc.

NPNF : Total dĂ©saccord. Ce point est repris des thĂšses de la TroisiĂšme Internationale, oĂč les PC envisageaient des gouvernement communs avec la social-dĂ©mocratie dans une pĂ©riode qu’ils jugeaient prĂ©-rĂ©volutionnaires. La situation n’est pas prĂ©-rĂ©volutionnaire, il n’existe aucun parti rĂ©volutionnaire de masse et ces schĂ©mas n’ont jamais marchĂ©.
ConcrĂštement ils ne servent qu’à justifier un vote systĂ©matique pour les PC et les PS et un soutien critique Ă  ces partis quand ils au gouvernement par des minoritĂ©s rĂ©volutionnaires.

ND : De quoi parle-t-on exactement ? S’il s’agit d’un gouvernement rĂ©volutionnaire, issu d’un vaste mouvement social et d’une confrontation avec l’état capitaliste, alors on les trĂšs en dessous des tĂąches essentielles. Sinon, on est dans le populisme (faire payer les riches). Le thĂšme de la nationalisation est au mieux un retour au welfare-state et au socialisme d’état – en contradiction avec le « contrĂŽle ouvrier » proposĂ© quelques points plus haut. Le terme « Socialisation » conviendrait mieux. Le meilleur point, c’est la restauration des droits syndicaux – mais quel dĂ©saveu pour Trotski


31. Nous combattons pour une dĂ©mocratie solide et cohĂ©rente, parce qu’elle est pour nous la base du socialisme, mais aussi parce qu’elle doit ĂȘtre dĂ©fendue tous les jours, dans les batailles partielles immĂ©diates sous le capitalisme, au plan national comme international. Les travailleurs de chaque pays doivent faire appel Ă  tous les travailleurs du monde pour leur assurer qu'ils ne tolĂšrent aucune oppression pour eux-mĂȘmes comme pour les autres prolĂ©taires ; ils veulent l'Ă©galitĂ© de tous sans dĂ©tenir le moindre privilĂšge sur les autres. SolidaritĂ© avec les Palestiniens et soutien des droits d'IsraĂ«l : deux nations, deux Etats. Pour une Irlande libre, unifiĂ©e, et le droit Ă  l’autonomie pour les zones Ă  majoritĂ© protestante du Nord-Est.

NPNF : La notion de dĂ©mocratie demanderait Ă  ĂȘtre dĂ©veloppĂ©e. Tout ce texte est trĂšs discret sur ses formes d’organisation concrĂšte. De la dĂ©mocratie athĂ©nienne Ă  celle de la CinquiĂšme rĂ©publique, en passant par la Commune de Paris, il y a quelques diffĂ©rences utiles Ă  prĂ©ciser en fonction des expĂ©riences rĂ©volutionnaires passĂ©es.

ND : Il y a, si mes souvenirs sont bons, prĂšs de 81 conflits actuellement dans le mondes, et bien plus encore d’ethnies, de cultures ou de populations opprimĂ©es Ă  un titre ou Ă  un autre. Alors pourquoi la Palestine et l’Irlande plutĂŽt que le Tibet, les Mapuches, les Karens, les Inuits, les BerbĂšres, les Sahraouis,
 ? Soit on en reste aux principes gĂ©nĂ©raux (et gĂ©nĂ©reux), soit on donne une liste claire et crĂ©dible.

32. Pour la solidaritĂ© internationale contre le capital international. Nous ne cherchons pas Ă  arrĂȘter la mondialisation ni Ă  ce que l’histoire fasse marche arriĂšre. Nous voulons plutĂŽt mobiliser toutes les nouvelles forces et passions gĂ©nĂ©rĂ©es par le dĂ©veloppement mondial du capitalisme pour atteindre la libĂ©ration de l’humanitĂ©.

NPNF : La formule sur la mondialisation me semble maladroite

ND : Ca pourrait effectivement ĂȘtre reformulĂ©, mais l’idĂ©e est meilleure que ce qui a Ă©tĂ© Ă©crit prĂ©cĂ©demment – et en contradiction avec bien des ambiguĂŻtĂ©s du texte.

33. Pour un « TroisiÚme Camp »: une position indépendante de la classe ouvriÚre qui s'oppose à la fois à l' « impérialisme du libre échange » (à l' « Empire du capital ») dirigé par les Etats-unis et aux forces impérialistes régionales qui pourraient éventuellement entrer en conflit avec celui-ci.

34. Pour la libération des femmes, contre le racisme et les contrÎles migratoires, pour l'égalité des droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres.

ND : Un peu dommage que tout cela n’apparaisse qu’au point 34
 alors qu’ils s’agit de maniĂšre Ă©vidente de questions centrales de la pĂ©riode actuelle, qu’ils agisse du patriarcat ou des politiques migratoires, qui n’ont pas Ă©tĂ© abordĂ©es dans la parie analytique et qui apparaissent ici en dĂ©calage. Une autre organisation du texte, qui sĂ©pare clairement la partie historique de l’analyse du monde actuel – assez sommaire – Ă©viterait cela.

35. Pour la construction d'un parti révolutionnaire : non pas une secte vivant dans un isolement autarcique, mais une organisation stimulée par la logique et les besoins de la lutte des classes sur trois fronts : économique, politique et idéologique.

36. Et sur quelle base organisationnelle minimale ?

37. Pour l’organisation politique sur les lieux de travail et dans toutes les organisations de masse de la classe ouvriĂšre sur la base d'une discipline dans l'action dĂ©cidĂ©e par la majoritĂ© ;
ND : Il y a divergence avec le point précédent sur les syndicats.

38. Pour des structures démocratiques permettant la libre discussion et les droits d'expression des minorités au sein des différentes structures du parti et dans la presse publique ;
ND : C’est une vision assez formaliste des choses. Le problĂšme n’est pas de avoir comment les minoritĂ© peuvent s’exprimer, ce qui est une vision hĂ©ritĂ©e du parti unique, mais comment faire pour que le dĂ©bat soit rĂ©ellement possible et qu’il puisse amener de rĂ©els changements plutĂŽt que la simple reproduction des diffĂ©rences. Or, cela suppose a minima l’existence d’une formation thĂ©orique solide en mĂȘme temps que, de part et d’autre, une solide culture de la prise en compte de la rĂ©alitĂ©, du recours Ă  l’analyse scientifique plutĂŽt qu’à la paraphrase dogmatique.

39. Au moins pendant une phase transitoire, pour le droit des minoritĂ©s d'avoir leurs propres organes de presse Ă  cotĂ© de la presse du parti unifié .

Amendement de l’AWL sur l’impĂ©rialisme

Au XIXe siĂšcle, le mode de production capitaliste s’est progressivement Ă©tendu Ă  toute la planĂšte. Les capitalistes britanniques et leur Etat ont dĂ©veloppĂ© des relations capitalistes avec les autres puissances europĂ©ennes Ă  travers des rivalitĂ©s commerciales et militaires, mais aussi Ă  travers l’établissement d’une domination coloniale formelle sur un certain nombre de territoires et un contrĂŽle informel sur des Etats politiquement indĂ©pendants comme l’Argentine.
A l’apogĂ©e de l’impĂ©rialisme (entre 1880 et 1945), les puissances europĂ©ennes, les Etats-Unis, la Russie et le Japon se sont battues pour s’emparer des zones les moins dĂ©veloppĂ©es du monde. Au dĂ©but du XXe siĂšcle elles s’étaient rĂ©parties la quasi totalitĂ© de la planĂšte. Elles se sont ensuite livrĂ©es deux guerres mondiales pour se repartager entre elles ces territoires.
La structure de l’économie mondiale et des relations entre Etats a profondĂ©ment changĂ© depuis 1945. AprĂšs la Seconde Guerre mondiale les Etats-Unis sont apparus comme la puissance Ă©conomique et militaire la plus forte et ils ont pris la direction d’un « impĂ©rialisme du libre Ă©change » ou d’un « Empire du capital », dans lequel dominent des impĂ©ratifs Ă©conomiques tels que le commerce et la finance. Les principales puissances capitalistes rivales n’ont pas entamĂ© des affrontements gĂ©opolitiques et militaires directs. Elles ont prĂ©fĂ©rĂ© former une sorte de cartel sous l’hĂ©gĂ©monie des Etats-Unis.
La domination des pays coloniaux et semi-coloniaux a provoquĂ© la crĂ©ation de mouvements nationalistes qui ont combattu pour leur indĂ©pendance. La Seconde Guerre mondiale a affaibli les principales puissances coloniales et ces mouvements ont alors Ă©tĂ© capables de gagner leur indĂ©pendance politique, mĂȘme si cela leur a souvent coĂ»tĂ© de nombreuses annĂ©es de lutte. Un systĂšme international d’Etats plus ou moins souverains s’est alors mis en place et s’est substituĂ© aux anciens empires et colonies.
AprĂšs 1950, le capitalisme s’est rapidement dĂ©veloppĂ© dans ses principales mĂ©tropoles ainsi que dans certaines zones du « tiers monde » comme le BrĂ©sil, le Mexique et la CorĂ©e du Sud. Dans ces endroits et dans d’autres tels que Taiwan, Hong-Kong et Singapour, de nouveaux centres d’accumulation du capital ont prospĂ©rĂ©. Des puissances sous-impĂ©rialistes, ayant des ambitions rĂ©gionales Ă©conomiques et territoriales, telles que l’Iran, l’Irak, l’Argentine et IsraĂ«l sont aussi apparus.
Mais ce nouveau systĂšme international est encore « impĂ©rialiste » dans la mesure oĂč il exacerbe les inĂ©galitĂ©s, maintient la domination des Ă©conomies les plus faibles par les centres les plus puissants du Capital et recourt Ă  l’arme de l’intervention militaire pour crĂ©er les conditions favorables Ă  l’accumulation du capital.
L’Union soviĂ©tique a instaurĂ© sa propre forme d’impĂ©rialisme, en maintenant les territoires limitrophes sous le contrĂŽle d’Etats clients. Elle a aussi cherchĂ© Ă  Ă©tendre son propre territoire, par exemple en envoyant son armĂ©e dans des pays comme l’Afghanistan qu’elle voulait contrĂŽler. Mais l’URSS n’a jamais Ă©tĂ© capable de rivaliser sur le plan Ă©conomique avec les Etats-Unis et les puissances occidentales.
L’URSS et les Etats staliniens d’Europe se sont aujourd’hui effondrĂ©s et leurs territoires ont Ă©tĂ© aspirĂ©s par l’économie mondiale. Les bureaucraties staliniennes de la Chine et du Vietnam ont maintenu leur domination politique sur leurs peuples tout en intĂ©grant progressivement leurs pays dans le marchĂ© mondial.
L’hĂ©gĂ©monie Ă©conomique et financiĂšre des Etats-Unis perdure jusqu’à aujourd’hui, et son dĂ©clin Ă©conomique a Ă©tĂ© stoppĂ©. Nous vivons dĂ©sormais dans un monde oĂč le capitalisme est pratiquement universel.

ND : le rĂ©cit est globalement correct, mais il reste sur le plan de la gĂ©opolitique sans rĂ©fĂ©rence Ă  l’analyse de classe, Ă  la formation de la classe ouvriĂšre et au dĂ©veloppement du salariat, Ă  l’évolution du rĂŽle des grands propriĂ©taires fonciers (pĂ©tromonarchies, Ă©tats miniers, notamment,
), des transformations et des rĂ©sistances des « sociĂ©tĂ©s traditionnelles », etc... Une dose de marxisme dans l’analyse ne ferait pas de mal.

Amendement de l’AWL sur le stalinisme

Durant les annĂ©es 20, quand la Russie rĂ©volutionnaire a Ă©tĂ© dĂ©cimĂ©e par la guerre civile et est restĂ©e isolĂ©e internationalement, une bureaucratie a surgi de la fusion entre des Ă©lĂ©ments du parti bolchevik et des secteurs de la bureaucratie tsariste. Une classe sociale distincte s’est progressivement formĂ©e et a instaurĂ© sa domination totalitaire sur le pays.
Vers 1928, la bureaucratie stalinienne a dĂ©truit les derniers vestiges du pouvoir politique de la classe ouvriĂšre, notamment les soviets, le parti bolchevik et les syndicats. Les staliniens furent aussi capables d’éliminer les Nepmen et les koulaks, pour crĂ©er une sociĂ©tĂ© d’exploitation dans laquelle la bureaucratie extrayait et contrĂŽlait le surproduit social crĂ©Ă© par les ouvriers et les paysans.
Un schĂ©ma politique comparable est apparu dans les pays oĂč des partis-armĂ©es staliniens sont arrivĂ©s au pouvoir, soit directement grĂące Ă  l’aide soviĂ©tique, soit en effectuant leurs propres rĂ©volutions bureaucratiques. Dans les Etats baltes et dans la Pologne orientale, en 1939-1940, puis dans toute l’Europe de l’Est durant et aprĂšs la Seconde Guerre mondiale, les staliniens ont Ă©liminĂ© les forces indĂ©pendantes de la classe ouvriĂšre et les vieilles classes dominantes.
En Chine, l’armĂ©e de Mao, crĂ©Ă©e aprĂšs la dĂ©faite de l’authentique Parti communiste en 1927, construisit son armĂ©e paysanne dans les campagnes en s’isolant complĂštement des ouvriers des centres urbains. Elle a entourĂ© et conquis les villes en 1949, expulsant le Kuomintang, parti bourgeois, et crĂ©ant un Etat sur le modĂšle de l’URSS.
Au Vietnam et Ă  Cuba, les staliniens ont Ă  la fois Ă©liminĂ© les organisations de la classe ouvriĂšre et les vieilles classes capitalistes. Ils ont crĂ©Ă© des « Ă©conomies de commandement », sur le modĂšle de l’URSS, qui exploitent les ouvriers et les paysans.
Les staliniens constituent donc Ă  la fois une force rĂ©volutionnaire contre les vieilles classes capitalistes et une force rĂ©actionnaire contre la classe ouvriĂšre. Ils n’ont pas crĂ©Ă© un systĂšme plus progressif, mais plutĂŽt des impasses historiques, des rĂ©gimes qui ont sauvagement exploitĂ© et privĂ© de tous leurs droits les ouvriers. La victoire de la bureaucratie a montrĂ© que dans les endroits oĂč la classe ouvriĂšre ne dirige pas sur le plan politique, Ă  travers ses propres organisations dĂ©mocratiques, elle ne peut pas dominer sur le plan social ou Ă©conomique.
Les staliniens n’ont jamais Ă©tĂ© des reprĂ©sentants rĂ©volutionnaires de la classe ouvriĂšre et ne seront jamais un exemple Ă  suivre pour les mouvements anticapitalistes.

NPNF : Ce point est intĂ©ressant parce qu’il explique les thĂšses de l’AWL. Mais encore une fois faut-il mettre comme prĂ©alable un accord sur les thĂšses du collectivisme bureaucratique ?

ND : Je ne rentrerais pas dans le dĂ©tail historique, mais il faudrait expliquer l’apparition de la bureaucratie d’une façon moins sommaire que le seul isolement de la Russie – d’autant plus qu’entre 1917 et 1928, ce ne sont pas les tentatives rĂ©volutionnaires qui ont manquĂ© et que les bons conseils du Komintern se sont partout rĂ©vĂ©lĂ©s catastrophiques. Il existe plusieurs autres grilles d’analyses qui, si elles donnent rarement Ă  elles seules une comprĂ©hension complĂšte d’une situation aussi complexe, permettent de donner un autre Ă©clairage. Et puis, aprĂšs tout, est-on obligĂ© de passer plus de temps Ă  expliquer la Russie soviĂ©tique que ‘le mouvement actuel du capitalisme ?

A propos de l’amendement sur le trotskisme

NPNF : Ce texte reprend intĂ©gralement les positions marxistes et trotskystes traditionnelles sur la nĂ©cessitĂ© d’un Etat ouvrier dĂ©mocratique, d’un demi Etat, etc. L’expĂ©rience historique montre les limites de ces conceptions. Il faudrait au moins en tenir compte, tracer quelques pistes et poser quelques questions plutĂŽt que de rĂ©pĂ©ter le credo.
Idem pour le Front unique. Il me semble lĂ©gĂšrement contradictoire de se rĂ©jouir que les jeunes altermondialistes se mĂ©fient de termes comme socialisme ou communisme, si c’est pour de l’autre cĂŽtĂ© rĂ©introduire dans le vocabulaire politique des textes qui font partie de la cuisine tacticienne de l’Internationale communiste et surtout des manƓuvres des groupes trotskystes depuis 70 ans.
En ce qui concerne les syndicats, limiter les possibilitĂ©s d’organisation aux seuls syndicats me semble singuliĂšrement rĂ©ducteur. L’important ce n’est pas le nom des structures d’auto-organisation de la classe ouvriĂšre mais son contenu. Pour le moment les syndicats sont des appareils bureaucratiques intĂ©grĂ©s Ă  l’Etat. La situation peut bien sĂ»r changer, mais pourquoi se limiter Ă  une seule perspective possible, comme si le mouvement ouvrier et le capitalisme n’avaient pas changĂ©s depuis 1848 ?

Comments

Submitted by Anonymous (not verified) on Mon, 11/07/2005 - 16:25

(Avertissement: le francais n'est pas notre langue maternelle)

Point charactĂ©ristique: le Courant de Gauche RĂ©volutionnaire qui systematiquement fait oreille sourde aux appels a la discussion sur le terrain polonais – entre autres il empeche l’acces libre a l’Entente de la Gauche Anticapitaliste – en meme temps il prĂ©sente volontiers de telles discussions qui se dĂ©roulent 
 a l’Ouest de l’Europe.
Le 18 juin a eu lieu une rencontre de groupes de gauche signĂ©e par l’AWL avec participation du Courant de Gauche RĂ©volutionnaire.
La discussion sur la plateforme AWL a pris forme de commentaires faits par Yves Coleman (pĂ©riodique “Ni patrie, ni frontieres”) et Nico Dessaux (RĂ©seau Mondialiste RĂ©volutionnaire).
Bien que cette discussion apporte des points d’interrogations et questions importantes, elle esemble quand meme nous mener a la rĂ©petition de rĂ©onses pragmatiques ? la situation courante de crise. Elle ne nous approche donc nullement vers la perspective de la sortie de l’impasse ou s’est trouvĂ©e la soi-disant nouvelle gauche radicale qui prĂ©tend ici de se prĂ©senter comme une gauche rĂ©volutionnaire.
La plateforme AWL essaie d’aborder d’une façon ouverte sa propre tradition – le trotskysme. Cependant, aujourd’hui, quand les courants post-trotskystes en quete de solutions pragmatiques sont arrivĂ©s jusqu’a questioner les fondements du marxisme – pourtant prĂ©tendu etre leur confession de foi (et, en meme temps du bolshĂ©visme), cette ouverture semble ne pas satisfaire les alliĂ©s (members de coalition?) eventuels. Rien d’étonnant. Les concessions aux dĂ©pends des principes ne sauront guere les satisfaire au moins que ces courants ne crient en fin de compte leur capitulation totale confirmĂ©e par la nĂ©gation meme de leurs sources.
Le chemin vers le prĂ©cipice s’ouvre dĂ©ja avec le rejet du terme pourtat fondamantal du marxisme – celui de la classe ouvriere et son remplacement par un terme vague et imprĂ©cis “les salariĂ©s” (travailleurs). Nous n’allons pas faire ici un Ă©xposĂ© sur cette question que nous avons abordĂ© plus d’une fois dans multiples articles. Nous nous contenterons de souligner que AWL traite les deux notions comme si elles Ă©taient parfaitement remplacables l’une par l’autre. Le terme de classe ouvri?re est rĂ©servĂ© aux rĂ©cits de charactere historique ou celle ou le terme de classe des travailleurs sonnerait au moins bizarrement.
Cet usage n’éveille aucun signe de protestation de la part des deux commentateurs. Il semble m?me que dans leur cas c’est une situation parfaitemetn naturelle car – a juger selon leur commentaires – ils sont des opposants du trotskysme et des courants post-trotskystes, de m?me que protagonistes du rejet de la tradition et signification de la RĂ©volution d’Octobre.
En fait, la controverse entre le marxisme (lĂ©ninisme ou, en plus gĂ©nĂ©ral, bolshĂ©visme) et l’anarchisme et la nouvelle gauche radicale concerne ce point: quells sont les intĂ©rets que doit reprĂ©senter la gauche rĂ©volutionnaire: ceux de la classe ouvriere ou ceux de “tous les exploitĂ©s et opprimĂ©s” (en ce les intĂ©rets des minoritĂ©s sexuelles)? La controverse a une longue histoire depuis les temps ou la socialdemocratie, et puis aussi les menshĂ©viks (qui suivirent les idĂ©es en vogue venant de l’Occident), dĂ©cident de devenir une reprĂ©sentation de la “totalitĂ© de la nation”, c’est a dire, dans le cadre de vision primitive de la sociĂ©tĂ© bipolaire ils dĂ©ciderent de considerer dorĂ©navent la democratie bourgeoise comme substitut des buts de la rĂ©volution socialiste.
La dĂ©composition du courant post-trotskyste se fait en Ă©tapes dictĂ©es par l’aile rĂ©formiste de la gauche. En partant du fait de remplacer la classe ouvriere par la base qui devait la remplacer temporairement, passant par opposer LĂ©nine et Trotsky au Marx (ou la tradition dĂ©mocratique), jusqu’a la confusion concernant l’URSS comme un systeme du capitalisme d’état et la nĂ©cĂ©ssitĂ© – bien proche – de renoncer a l’interprĂ©tation bolshĂ©vique de Cronstadt, la nouvelle gauche radicale se prĂ©pare sa Golgote en Ă©spĂ©rant (ainsi que les menchĂ©viks et – aujourd’hui – la SLD – Alliance de Gauche DĂ©mocratique polonaise) que leur humilitĂ© apportera enfin ses fruits attendus – leur admission parmis la “multitude de gauche” et aux salons de “politically correct” jeunesse radicale. Vaines Ă©spĂ©rances!
PlutĂŽt disparaitrait le dernier post-trotskyste qui y tiendrait. Cette perspective est d’ailleur prĂ©vue par Y. Coleman et N. Dessaux qui sans fausse gene formulent l’avis que le trotskysme comme courant tout a fait engendrĂ© et dĂ©pendant du stalinisme a perdu toute raison d’etre avec la chute de l’URSS et du bloc d’Est.
L’affaire est bien claire. L’évolution consĂ©quente de la gauche radicale fondĂ©e, comme on prĂ©tend, sur l’analyse adĂ©quate des changements du monde contemporain, la mene inextricablement a la conclusion que le marxisme orthodoxe est une doctrine dogmatique et pĂ©rimĂ©e. En fait, cette Ă©volution n’est pas le rĂ©sultat d’une concordance avec la rĂ©alitĂ©, mais le vieux conflit entre le marxisme et l’anarchisme (les anarchists ne limitent pas leur critique d’autoritarisme aux seuls successeurs bolshĂ©viks du marxisme, mais ils les attendent dĂ©ja sur le terrain de la vieille bataille qui a eu lieu au sein de la I Internationale). Ce conflit s’est enflamĂ© de nouveau, dans un cadre nouveau, a l’occasion de l’opposition au projet de LĂ©nine de transformer le partie socialdĂ©mocrate russe en parti disciplinĂ© (soumis entierement aux tĂąches prolĂ©tariennes) qui serait le contraire du principe anarchisant (et reflĂ©tant le nouveau visage de la socialdĂ©mocratie rĂ©formiste), celui des “cercles” ou, comme nous le dirons aujourd’hui – le principe du parti pluraliste ouvert a la “multitude” d’élĂ©ments radicaux de points de vue les plus variĂ©s.
Ce parti n’aurait pas les moindres chances meme de menacer de quelconque mani?re par l’éclat d’une rĂ©volution prolĂ©tarienne. Il n’est pas possible de mener une rĂ©volution grĂące au concert gĂ©nĂ©ral de la majoritĂ© Ă©crasante – ce concert est impossisble pour le temps qui est nĂ©cĂ©ssaire pour faire stabiliser le nouveau syst?me politique et garder les acquis du prolĂ©tariat.
Les consĂ©quences de passer sur les positions menchĂ©vik des post-trotskystes d’aujourd’hui sont: le rejet de la dictature du prolĂ©tariat (ils essaient d’esquiver le probleme par l’élargissement de la notion de la classe ouvriere a toute la “population qui vit du travail salariĂ©â€) et, les grands mots a part, ils Ă©vacuent le terrain de la dĂ©fense de la RĂ©volution d’Octobre pour un compromis pourri avec les anarchistes.
En meme temps, il est curieux que les commentataires du projet AWL sont moins enthousiastes que les post-trotskystes eux-memes du fait que la jeunesse alterglobaliste renonce a l’usage des mots “compromis” comme “socialisme” ou “communisme”. AWL voit dans ce fait la preuve de la victoire du trotskysme sur le stalinisme. Mais cette victoire est celle de Pyrrhus, car elle se fait au prix du rejet du contenu de ces mots et non a cause de la comprĂ©hension de la diffĂ©rence subtile entre le communisme des staliniens (“stalinistes rĂ©volutionnaires”) et post-trotskystes. Les partisans les plus ardents de cette “nouvelle ligne” sont pourtant 
 les stalinistes a la tete de l’ATTAC.
Le conflit concerne les principes et non pas les slogans. La lutte pour la dĂ©finition du mot “communisme” se dĂ©roule autour des intĂ©rets de la classe ouvriere qui doivent etre dĂ©fendus avec la plus grande consĂ©quence et non pas autour de la signification du mot tel quel qui, sans son contenu prolĂ©tarien est vide de sens et dans de pareilles conditions peut aussi bien etre remplacĂ© par des mots comme “communion” ou “communautarisme”.
En un seul mot, la recherche des possibilitĂ©s de la critique du marxisme et du bolshĂ©visme de gauche mene a la reconnaissance de divers groupes d’opprimĂ©s comme se substituant a la classe ouvriere. Cet embrouillement du probl?me par le moyen d’élargir la notion et la remplaçant par la “classe des travailleurs” est un pas de plus sur le chemin spĂ©cifique dans l’histoire de la capitulation idĂ©ologique (avec son prĂ©cĂ©dant peut-etre dans l’histoire du christianisme qui – en vocabulaire contemporain – se serait transformĂ© du mouvement de classe pour la lutte d’indĂ©pendence nationale a une forme de psychothĂ©rapie de la sociĂ©tĂ© blazĂ©e de Rome en train de sa chute).
En rĂ©capitulant, les post-trotskystes dans leur discussion avec les anarchists font figure de quelqu’un qui prend sur soi les pĂ©chĂ©s des ancetres et reste sur la dĂ©fensive: le reproche d’autoritarisme avant tout.
Cependant, on voudrait dire que justement parce que Staline a renoncĂ© aux principes bolshĂ©viques (en faisant marche arriere au menshĂ©visme – tellement “rĂ©aliste”!) a causĂ© de terribles repressions et le mode autocratique de direction du parti et de l’état (ses fameux zig-zags) qui se sont ajoutĂ©s aux difficultĂ©s rĂ©elles en ce qui concerne le maintien des acquis de la rĂ©volution.
Les mĂ©thodes de lutte des menchĂ©viks (dont la façon de penser Rosa Luxembourg partageait jusqu’a sa sortie de la prison et qu’elle a abandonnĂ© d?s qu’elle a pris connaissance de la vĂ©ritable situation des bolshĂ©viks) montrent que le bel Ă©sprit des intellectuals change en villain reniement des principes de dĂ©mocratie si cela peut bien servir leur propre cause. Les anarchistes ont tout aussi reniĂ© leurs beaux principes. La seule opposition du terme de l’ouvrier qualifie a celui d’ouvrier spĂ©cialisĂ© suppose l’attitude peu sympathique de sexisme car c’est justement la proletarisation des ouvriers spĂ©cialisĂ©s avait ouvert la possibilite d’émancipation des femmes des couches autres que l’aristocratie (et, dans une certaine mesure, la paysannerie).
La capitulation des principes de dĂ©mocratie dont la socialdĂ©mocratie tellement culturelle d’Allemagne s’est vantĂ©e – contrastĂ©e a l’”Asiate” de LĂ©nine – apparaĂźt surtout au plein jour si l’on considere le sort de Rosa Luxembourg. L’analogie entre Staline et la socialdĂ©mocratie semble plus convaincante que les lieux communs sur la resemblance entre le fascisme et le communisme. En effet, la seule chose que le communisme et le fascisme avaient jamais de commun c’était la socialdĂ©mocratie. Le communisme issu de la socialdĂ©mocratie qui, en voyant avec horreur son batĂąrd s’est tournĂ©e vers les fascistes en choisissant la 
 dĂ©mocratie.
La tentative de sortir du cercle des contradictions et empetrement qui font impossible quelconque perspective pour les post-trotskystes au moyen de discussion qui acc?pte les conditions anarchistes et libertaires est une impasse. La seule solution satisfaisante pour ces tendences aurait été le suicide des post-trotskystes comme courant historique.
Nous devons admettre que pour des marxistes orthodoxies cette solution semble aussi prometteuse de crĂ©er enfin les conditions d’une confrontation ouverte et honnete (qui ne fasse pas semblant d’?tre ce qu’elle n’est pas) avec les courants qui cont?stent ouvertement le marxisme.
Les post-trotskystes font tout pour obscurcir cette confronatation et pour que ses rĂ©sultats soient insuffisants, en un mot – ils font tout leur mieux pour s’enfoncer dans ce marĂ©cage.

Le 11 juin 2005
Ewa Balcerek et WƂodek Bratkowski

Submitted by Olivier_Rubens on Sun, 06/01/2013 - 13:11

Ne serait-il pas possible de refaire la traduction de la contribution des camarades polonais à partir d'une version en anglais de leur texte originel ? Parce que en l'état leur texte est incompréhensible...

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