Que fait la "micro-secte"(1) marxiste au sein du mouvement ouvrier?

Submitted by Olivier_Rubens on 4 May, 2014 - 9:08

Cette présentation positive du rôle d'un "groupe d'éducation et de combat" marxiste dans la lutte de classe et dans la transformation des mouvements ouvriers existants a été rédigé contre le choix de trois camarades qui ont quitté l'AWL en 1996 pour rejoindre Labour Briefing (3) et se noyer dans l'activité routinière au sein du Parti travailliste. Ils avaient été influencés par les polémiques de Hal Draper contre ce qu'il appelait la forme "micro-secte" d'organisation.

" Il faut savoir trouver, à chaque moment donné, le maillon précis
dont on doit se saisir de toutes ses forces pour retenir toute la chaîne
et préparer solidement le passage au maillon suivant"

LĂ©nine (4)

Quel est le rôle de marxistes tels que les partisans de Solidarity/Workers Liberty au sein du mouvement ouvrier ? Est-il seulement de développer l'influence du marxisme en faisant de la propagande dans le mouvement ouvrier large tel qu'il existe, essentiellement au moment présent, dans les syndicats ? Ou est-il de construire une organisation révolutionnaire - une organisation intégrée dans le mouvement ouvrier le plus large, mais néanmoins aussi une entité distincte possédant déjà certaines structures et activités essentielles d'un parti révolutionnaire indépendant à part entière ?

Si la réponse est "les deux", c'est à dire : comment ces deux choses s'intègrent-elles ensemble. Le point de vue selon lequel faire de la propagande est suffisant, est le plus souvent exprimé dans la pratique routinière au sein du mouvement ouvrier d'ex-révolutionnaires que dans une argumentation cohérente, mais cela constitue un courant très important de pensée dans le mouvement ouvrier : c'est la «position» d'un grand nombre d'ex-membres du WRP ou du SWP qui retournent le fétiche sectaire de "construire le parti" à l'envers. Et qui optent pour une «citoyenneté» politiquement passive dans le mouvement ouvrier réellement existant.

C'est une question importante.
Sur un plan politique large, opposer « le développement de l'influence du marxisme" dans le mouvement réel à la «construction du parti» - la création d'un mouvement marxiste qui est politiquement indépendante des organisations de masse de la classe ouvrière et qui, sur le plan organisationnel, a des objectifs, des rythmes et des préoccupations à court terme "propres à lui" - est au cœur de la politique de gauche maintenant et de la différence entre Solidarity/Workers’ Liberty et les nombreux «marxistes indépendants» - dans la Socialist Alliance , par exemple - qui n'ont pas correctement évalué leur expérience dans des organisations comme le SWP, ou certains autres groupes pseudo-léninistes, et qui pensent qu'ils peuvent se passer de la construction d'une organisation marxiste et néanmoins être "des praticiens" marxistes dans le mouvement ouvrier. Le fait est que vous ne pouvez pas développer de façon significative "l'influence du marxisme" en tant que force révolutionnaire sans la construction d'un «parti révolutionnaire».

La notion de Solidarity/Workers’ Liberty de l'activité et de l'organisation révolutionnaires est enracinée dans la proposition marxiste de base selon laquelle la lutte de classe se déroule sur trois fronts, et non pas un seul : l'économique, le politique et l'idéologique. Nous travaillons à l'intégration des trois fronts dans une stratégie cohérente de guerre de classe et, en fin de compte, de lutte pour le pouvoir de la classe ouvrière.

Assurément, la lutte pour les idées socialistes contre les idées bourgeoises, c'est à dire la lutte sur le «front idéologique», conditionne la lutte sur les deux autres fronts. Cette lutte pour les idées et le programme constitue le rôle unique et irremplaçable rempli par le groupe ou le parti révolutionnaire. Oui. Mais si un groupe ne procède qu'à la "bataille idéologique", et s'organise comme un groupe seulement pour se battre sur ce front, à l'intérieur du mouvement ouvrier actuel, alors ce n'est pas une organisation révolutionnaire. De plus, il ne sera pas efficace, même sur ce terrain, dans la diffusion des idées marxistes.

Le but de l'organisation socialiste ne peut absolument pas être défini comme seulement "diffuser l'influence du marxisme» et une politique marxiste au sein des structures d'un mouvement de masse d'orientation réformiste, en prétendant que les structures du vieux Parti travailliste comme celles des syndicats peuvent se substituer aux structures spécifiques requises pour l'activité tous azimuts des Marxistes sur les trois fronts de la lutte de classe.

Ceux qui opposent le "réarmement idéologique de mouvement des travailleurs" à "'la construction du parti" soulèvent la question : qu'est-ce que vous pensez précisément par ces idées générales de "réarmement du mouvement ouvrier" avec des idées socialistes et marxistes si cela n'est pas la création au fil du temps d'un parti révolutionnaire puissant à la tête de l'ensemble du mouvement ouvrier, en premier lieu, des syndicats?

Opposer "le réarmement politique du le mouvement ouvrier» à «la construction du parti", c'est ignorer l'ABC de ce qu'est une activité socialiste sérieuse dans le mouvement ouvrier. A la fin de la journée, les deux formules signifient une seule et même chose. A la fin du processus, les deux formules auront coïncidé et fusionné en une seule : un parti révolutionnaire de masse à la tête de l'ensemble du mouvement ouvrier.

Au-delà de ces généralisations, il s'agit de définir concrètement à un moment donné ce qui est le mieux parmi les moyens possibles pour que le collectif organisé des marxistes, qu'ils soient plus ou moins nombreux, puisse établir des liens avec un mouvement ouvrier réformiste de masse réellement existant afin d'amener à sa transformation, ou du moins à la prochaine étape de sa transformation.

La croissance de l'organisation marxiste est à la fois une mesure de la façon dont le processus de transformation se poursuit et progresse, et un instrument nécessaire pour aller plus loin dans cette transformation.

Bien plus, les marxistes doivent s'organiser afin de mener la lutte de classe sur tous les fronts dès maintenant, en dépit de la domination de la bureaucratie syndicale. Ou alors, quelqu'un peut-il penser que l'on puisse transformer le mouvement ouvrier à l'écart de la lutte de classe ? Ou alors que les marxistes doivent attendre jusqu'à la transformation de ce mouvement avant de s'immerger dans la lutte de classe immédiate ? Ou alors qu'un collectif organisé de marxistes capable d'agir de façon cohérente dans la lutte de classe, ici et maintenant, est une chose inutile ? Personne ne pourrait être aussi stupide !

Les développements au sein du Labour Party, et la consolidation du blairisme en son sein par exemple, ont grandement dépendu de ce qui se passait dans les entreprises. Pensez à l'histoire récente du mouvement ouvrier. En 1984-85, la grève des mineurs aurait pu gagner avec la solidarité des dockers et des travailleurs d'autres secteurs clés, même si les dirigeants du TUC l'avaient vendue. Un réseau de militants à la base, disposant de positions clés à travers les entreprises du pays, même composé de seulement quelques milliers, aurait pu obtenir l'action en solidarité avec les mineurs, ce qui aurait fait la différence entre la victoire et la défaite. Si les mineurs avaient gagné, les choses auraient pu se passer de manière très différente dans le Labour Party... Le blairisme, si toutefois il était apparu, aurait été écrasé avant qu'il ne devienne une force puissante.

Dans les luttes futures, un réseau à la base d'une minorité révolutionnaire peut faire la différence entre la victoire et la défaite dans de grandes luttes, et ainsi peser sur l'ensemble de l'état d'esprit et du potentiel du mouvement politique. Qui construira un tel mouvement à la base si ce n'est les marxistes organisés en tant que minorité distincte, militante, "étroitement soudée" ?

La minorité révolutionnaire organisée poursuit toutes sortes de tactique, dépendant de sa propre taille et de ses possibilités, pour travailler en direction de cette réorganisation du mouvement ouvrier de masse réel. Mais la condition sine qua none pour élaborer puis mettre en pratique la moindre des tactiques réside dans l'existence d'une organisation révolutionnaire. Sans cela, nous ne pouvons que bavarder.

Ceci constitue la réponse à ceux qui tirent la conclusion d'une mauvaise expérience avec, par exemple, le SWP que tout ce qu'une petite organisation marxiste peut faire, au-delà d'une vague action de propagande de partisans regroupés autour d'un journal socialiste, ne peut être que futile et sectaire et qu'au lieu de "construire le parti", nous devrions nous contenter de former un groupe tranquille et paresseux, faisant la promotion d'une façon décousue "d'un réarmement idéologique du mouvement ouvrier". Les socialistes révolutionnaires doivent en effet être investis dans le mouvement ouvrier sous peine de stérilité. Ils doivent aussi, sous peine d'être frappé une autre sorte de stérilité, rester autonomes, conserver la volonté et la capacité de promouvoir des luttes des jeunes et des travailleurs qui prennent place en dehors des structures et du tempo du mouvement ouvrier dans son état présent.

Un groupe "marxiste", pour ne pas parler d'individus marxistes isolés, qui se contente de cheminer selon le tempo du mouvement ouvrier réformiste, se racontant à lui-même qu'il est en train de promouvoir "le réarmement idéologique", et qu'au mieux "l'influence du marxisme" peut se développer sous la forme d'une influence vague, diffuse, non structurée d'un "marxisme" abstrait, émoussé. Un "marxisme" dépourvu d'une incarnation dans une organisation militante qui cherche à diriger les luttes économiques et politiques serait comme une horloge sans pile ni ressort, une piètre plaisanterie.

Il nous semble que les tâches des marxistes dès maintenant, par la voie de la propagande et de l'agitation marxiste, sont :

  • d'Ă©duquer, de multiplier leur nombre et de rassembler les marxistes ;
  • de les rĂ©unir dans une organisation cohĂ©rente, capable Ă  la fois d'une pensĂ©e politique collective et d'une unitĂ© d'action, capable de souder ensemble les fronts politique et Ă©conomique de la lutte de classe avec une bataille cohĂ©rente sur le "front idĂ©ologique" pour promouvoir une perspective mondiale prolĂ©tarienne et consistante ;
  • d'organiser des fractions marxistes au sein des syndicats et des sections du Labour Party, comme parmi les secteurs inorganisĂ©s des jeunes et des travailleurs ;
  • de travailler pour la construction d'un mouvement Ă  la base dans les syndicats ;
  • d'organiser une gauche lutte de classe dans le Labour Party et les syndicats ;
  • de promouvoir la lutte de classe au quotidien ;
  • de travailler de façon constante Ă  la subversion des structures et institutions du mouvement ouvrier existant et Ă  sa rĂ©organisation, renforcĂ©e par l'incorporation des plus larges couches de travailleurs prĂ©sentement inorganisĂ©s, en un nouveau mouvement, dirigĂ© et regroupĂ© autour d'un programme et d'un parti rĂ©volutionnaires.
  • L'organisation marxiste nĂ©cessaire Ă  la rĂ©alisation de ces choses doit ĂŞtre construite dès maintenant. Celles-ci ne peuvent survenir sans l'interaction constante de l'organisation marxiste avec la lutte de classe et le mouvement de masse. Si cette interaction survient de façon fructueuse alors l'organisation marxiste croĂ®tra, avant la transformation complète du mouvement ouvrier, d'abord par l'apport d'un ou deux Ă©lĂ©ments, puis par douzaines et par centaines, puis par milliers et par dizaines de milliers. Cela constitue un indicateur clĂ© de la maturation du mouvement ouvrier britannique et une condition prĂ©alable Ă  sa transformation rĂ©ussie. Avez-vous jamais observĂ© l'eau en train de bouillir ? Toutes les bulles ne surgissent pas en cascade en une seule fois.

    Des socialistes sérieux ne tentent pas, contrairement aux sectaires, de "construire le parti" indépendamment et délibérément en dehors du mouvement ouvrier et de la classe ouvrière, mais, de même, nous ne noyons pas le groupe révolutionnaire dans les rythmes et les normes d'un mouvement ouvrier qui n'est pas révolutionnaire et qui ne regroupe qu'une minorité de la classe ouvrière. Cela constitue autant une recette pour le suicide que les pitreries des sectaires, cette fois, plutôt par overdose de pilules somnifères que par un excès d'"acide" ou quelque autre hallucinogène sectaire.

    Nier qu'une organisation marxiste militante - et pas un quelconque "think-tank" Fabien-Marxiste- doive être construite en permanence, dans les luttes de classe en cours et à l'intérieur du processus même de transformation du mouvement ouvrier, revient ou à penser que la transformation se produira "d'elle-même", spontanément et mécaniquement, ou encore à croire que quelqu'un ou quelque chose d'autre amènera et consolidera la transformation du mouvement ouvrier. Qui, sinon nous, les marxistes, pourraient réaliser cela ? Des marxistes qui nient cela ne font pas un grand usage de leur propre «marxisme».

    Cette transformation peut-elle se produire spontanément, comme un résultat de la lutte de classe économique? Il n'en sera pas ainsi. À moins que les marxistes soient suffisamment puissants pour façonner les événements, tout ce que vous obtiendrez seront probablement des fiascos et encore et encore de la confusion comme celle vécue par la gauche benniste (5) des années 1980.

    L'idée que les socialistes révolutionnaires aient un rapport au Parti travailliste et aux syndicats identique à celui d'un agriculteur attendant que ses cultures poussent d'elles-mêmes renvoie non seulement à une conception basée sur une maturation vulgairement évolutionniste du Parti travailliste, mais aussi à la douce croyance en un développement stable, pacifique du capitalisme, qui ne serait jamais perturbé.

    Et cette idée développé par le "vieux" Militant [auquel ont succédé maintenant le Socialist Party et Socialist Appeal ] selon laquelle le Parti travailliste était en train de mûrir organiquement vers un marxisme intégral, ne semble pas très convaincante à l'ère de Tony Blair : des marxistes sevrés de Lénine savent tout autant qu'il y a l'évolution, il y a aussi la dégénérescence.

    Des socialistes sérieux se battent pour l'hégémonie du marxisme dans le mouvement ouvrier, et pour réaliser cela nous devons construire, aussi lentement que nécessaire et aussi rapidement que possible, une organisation marxiste cohérente sur les trois fronts de la lutte des classes. Si les socialistes n'accumulent pas dès maintenant en recrutant, par lots de un, de deux ou de trois, ceux qui peuvent être gagnés à leur combat, ils n'auront jamais la taille nécessaire pour gagner demain des dizaines, des centaines, des milliers et des millions.

    L'Espagne des années 1930 illustre la folie d'opposer la construction d'une organisation révolutionnaire dès maintenant - même si ce n'est pas plus que le brouillon sommaire du futur parti de masse - à la réorganisation du mouvement ouvrier.

    Il existait un puissant mouvement ouvrier en Espagne, dont l'essentiel était anarchiste. Le second courant en importance était le réformisme. Comment le parti révolutionnaire de masse pouvait-il émerger d'un tel mouvement de masse ?

    Pour sûr, pas du petit groupe de trotskistes s'enfouissant eux-mêmes dans le mouvement de masse, évitant de prendre des initiatives autonomes, et attendant que l'Histoire fasse son travail. Trotsky a critiqué à juste titre le POUM quasi-trotskyste pour sa politique verbeuse et le manque d'intervention vigoureuse en direction du mouvement anarchiste de masse.

    Les choix tactiques des marxistes à des moments cruciaux ont été décisifs. Par exemple, en 1934 les jeunesses du PSOE - les jeunesses du mouvement réformiste dont le leader, Largo Caballero, avait été un ministre du récent dictateur Primo de Rivera- prirent position pour la Quatrième Internationale. Les trotskistes furent trop rigides et trop fiers pour engager le travail entriste que Trotsky préconisait. Les staliniens entrèrent et gagnèrent l'hégémonie sur les jeunesses du PSOE, marginalisant ainsi les trotskistes.

    Et à peine quelques années plus tard, du fait pour la plus grande part de la force acquise par le parti stalinien, la catastrophe fasciste engloutit l'ensemble du mouvement ouvrier espagnol avant que celui-ci n'ait pu se réorganiser. Pour la Grande-Bretagne comme pour l'Espagne, nous ne pouvons apporter la garantie d'un dénouement heureux en toutes circonstances. La défaite, la défaite pour toute une longue période historique, est possible. Aujourd'hui, nous vivons toujours dans le cadre créé par les conséquences des défaites de la classe ouvrière dans les années 20 et 30 et par celles des années 70 et 80.

    La leçon de l'histoire est qu'un parti révolutionnaire, même petit à l'origine mais compétent et combatif, peut se révéler décisif. Il peut faire la différence dans le feu des luttes de masse entre un mouvement ouvrier capable de se réorganiser et de vaincre, et une défaite écrasante.

    Ceci constitue la vérité qui nous a été enseignée positivement par la victoire des Bolchéviks en 1917 - et négativement par la tragédie de la classe ouvrière espagnole des années 30. En Espagne, s'ils avaient été plus nets et plus fermes, plus "sectaires" dans le sens de l’intransigeance politique et moins sectaire dans le sens de rester passif et inerte, alors le petit groupe trotskiste du début des années 30, dont sont issus le POUM centriste et les Bolcheviks-Léninistes, aurait pu assurer la victoire de la révolution prolétarienne.

    C'est pourquoi la politique révolutionnaire n'est pas quelque chose pour le futur - "sur les barricades" selon le vieux cliché petit-bourgeois- mais pour ici et maintenant. Il y a une relation organique - telles des semences appelées à une croissance luxuriante- entre vendre des journaux au coin de la rue aujourd'hui et la victoire ou la défaite demain des luttes révolutionnaires de masse.

    Si nous ne construisons pas maintenant, même lorsque le mouvement ouvrier politique à une échelle de masse est en plein marasme, alors nous ne serons pas capables de saisir les opportunités lorsqu'elles se présenteront, lorsqu'elles arriveront certainement. Nous ne serons peut-être pas capables d'éviter une catastrophe.

    Ce qui était erroné avec le vieux WRP des Healystes et qui demeure faux avec le SWP d'aujourd'hui, c'est que ceux-ci ne comprennent pas comment le travail de construction du parti révolutionnaire - ce qui est la tache de l'époque pour ceux qui acceptent le programme et la tradition de Lénine et de Trotsky- doit être relié aux mouvements ouvriers de masse déjà existants. Là où les "Marxistes" qui agissent comme leur image-mirroir, disparaissent complètement - souvent sans laisser la moindre trace- au sein du mouvement ouvrier existant, les sectaires conçoivent la "construction du parti" comme un processus plus ou moins complètement autonome du mouvement ouvrier réel et même, quelques fois, de la classe ouvrière elle-même.

    L'idée que nous puissions être totalement autonome est absurde. Pourtant une certaine dose d'autonomie des marxistes est essentielle. Nous ne pouvons pas réaliser ce que nous avons besoin de faire et visons pour convaincre des millions de travailleurs à travers les seules structures présentes du mouvement ouvrier britannique ! Même si nous dirigions le mouvement ouvrier, nous nous efforcerions en permanence de développer les structures existantes et d'aller au-delà de celles-ci. Nous ferions la promotion des conseils ouvriers durant des luttes révolutionnaires. Que sont les conseils ouvriers et les soviets vis à vis de la théorie marxiste si ce n'est la reconnaissance que même le mouvement ouvrier le plus puissant sous le capitalisme, même avec la plus grande "influence marxiste" concevable, reste limité et inadéquat pour les taches de la révolution prolétarienne ?

    Par conséquent, tandis que les socialistes travaillent dans les structures du mouvement ouvrier et promeuvent leurs politique, projets et perspectives en leur sein, nous ne nous limitons pas volontairement à elles ou ne nous rendons dépendants d'elles.

    Si nous avions suffisamment de monde, nous ferions les choses actuellement criminellement négligées par le mouvement ouvrier, comme l'organisation des jeunes. Nous tournerions ces jeunes vers le mouvement ouvrier, mais nous n'aurions "rien à foutre" de la «légalité» de ce mouvement si nous pouvions l'ignorer en toute impunité et toujours poursuivre notre travail avec ces jeunes.

    Nous ne nous taisons pas calmement lorsque les structures officielles se taisent. Si certaines parties du mouvement ouvrier meurent - et c'est ce qui menace le Labour Party si les Blairistes l'emportent - nous, nous refusons Ă  mourir. Nous travaillerons Ă  construire de nouveaux - et bien meilleurs !- outils de remplacement.

    Les socialistes sérieux doivent rejeter aussi bien le sectarisme à la façon du SWP à l'égard du mouvement ouvrier existant que l'attitude de ces "marxistes" qui deviennent de simples passagers, énonçant occasionnellement un message pour leurs compagnons de voyage. Les passagers ne sont pas des constructeurs de nouveaux chemins ni d'engins meilleurs ! Les sectaires sont stériles et impotents car ils se tiennent à l'écart ; les autres sont stériles parce qu'ils s'accrochent d'une façon auto-déformante aux structures existantes et deviennent dépendants de celles-ci d'une manière parasite, incapables de toute initiative indépendante.

    Ils ne parviennent pas à développer les nerfs et les muscles d'un organisme indépendant par rapport à la classe, à la lutte de classe, et au mouvement ouvrier réformiste actuel.

    Ils échouent à être ce que les socialistes doivent être : les représentants de l'avenir du mouvement, actifs ici et dès maintenant pour façonner cet avenir.
    James Connolly l'a bien énoncé : "Les seuls vrais prophètes sont ceux qui façonnent l'avenir qu'ils annoncent"

    Nous répétons : le fait est que, finalement, les deux aboutissent à la même chose en ce qui concerne le mouvement ouvrier existant, les deux amènent à supprimer ou réduire l'activité créatrice des marxistes comme une force organisée agissante dans l'évolution future du mouvement ouvrier de masse.

    Si les points exprimés ci-dessus sont approuvés, alors nous pouvons convenir que le Workers' Party aux USA des années 40 , rejetant l'idée de JP Cannon d'un parti semi-monolithique, présente l'un des meilleurs modèles de la façon dont les marxistes doivent s'organiser - la manière en fait dont le parti de Lénine était organisé.

    Bien sur, à un moment donné, la majorité doit établir la ligne politique et les buts organisationnels, et les responsables démocratiques élus doivent disposer de l'autorité pour diriger le travail au jour le jour. Au sein de ce cadre, sans lequel l'organisation ne serait rien d'autre qu'un club de discussion, la plus complète liberté démocratique d'opinion et la liberté d'exprimer cette opinion.

    La conférence annuelle de Workers' Liberty de 1995 a inscrit dans nos statuts le droit, existant de fait depuis longtemps, pour les personnes soutenant des points de vue divergents de publier ceux-ci dans notre presse.

    Les alternatives à cela sont soit la réplique du culte autocratique du SWP, soit un régime très lache comme celui de Labour Briefing qui reste la propriété privée d'une petite clique, organisée pour rien de plus onéreux ou ambitieux que la publication de quelques timides petits articles "faisant consensus à gauche" sans saveur, ni substance, ni conséquence.

    Tiré de Workers’ Liberty Numéro 33, Juillet 1996, avec quelques amendements et mises à jour
    Source :
    http://www.workersliberty.org/story/2014/02/09/what-does-hall-drapers-m…

    Notes :
    1) "micro-secte": ce terme renvoie au texte de Hal Draper (voir sur MIA) dans lequel ce dernier tourne le dos Ă  la forme d'organisation bolchevique-trotskiste

    2) les auteurs sont deux dirigeants de l'AWL

    3) Labour Briefing est un bulletin de la gauche travailliste qui a connu son heure de gloire dans les années 80 au moment de la poussée à gauche symbolisée par la personne de Tony Benn. Le stade actuel de ce bulletin ne reflète plus un courant identique à celui laminé par Blair après la défaite des mineurs.

    4) Cette citation est extraite de l'ensemble suivant qui vaut d'être cité plus longuement :

    "Il ne suffit pas d'être un révolutionnaire et un partisan du socialisme, ou un communiste en général. Il faut savoir trouver, à chaque moment donné, le maillon précis dont on doit se saisir de toutes ses forces pour retenir toute la chaîne et préparer solidement le passage au maillon suivant ; l'ordre de succession des maillons, leur forme, leur assemblage et ce qui les distingue les uns des autres, ne sont pas aussi simples, ni aussi rudimentaires dans une chaîne d'événements historiques que dans une chaîne ordinaire, sortie des mains d'un forgeron. "
    LĂ©nine,
    Les tâches immédiates du pouvoir des Soviets,
    publié le 28 avril 1918 dans le n° 83 de la « Pravda »
    Voir le texte sur MIA

    5) du nom de Tony Benn, précédemment ministre dans des gouvernements travaillistes des années 60 ou 70, qui par son virage à gauche incarna l'émergence d'une vague de radicalisation à gauche dans la base du Labour Party après l'échec électoral de ce dernier en 1979, échec qui marqua l'entrée en lice d'un nouveau premier ministre de combat contre la classe ouvrière ... Margaret Thatcher. Cette montée d'une forte aile gauche au sein du Labour Party fut stoppée par la défaite des mineurs puis la chasse aux sorcières contre les courants trotskistes au sein du parti (expulsion de Militant à partir de 1983, expulsion de Socialist Organiser en 1990) puis la capture du parti par Tony Blair et son équipe en 1994.

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