Un appel au NPA: non à la scission !

Submitted by AWL on 2 May, 2012 - 12:36

Un appel au NPA: non à la scission !

Martin Thomas

Pour le Nouveau Parti anticapitaliste français (Nouveau Parti anticapitaliste - NPA), et l'ex-LCR (Ligue communiste révolutionnaire) qui est le coeur du NPA, scissionner maintenant serait un revers considérable, non seulement pour les militants en France, mais pour nous tous qui se battons pour l’auto-émancipation de la classe ouvrière à travers toute l'Europe.

Les rapports en provenance de la France indiquent déjà «une scission à froid», et une scission ouverte après les élections de l'Assemblée législative en juin. À la fin de mars, les tensions ont explosé dans une bataille publique sur qui obtiendrait la subvention du gouvernement en raison des héritiers de la LCR, en vertu de la loi française, sur la base du score de la LCR à l'élection de 2007. La minorité LCR, ainsi nous l’entendons, a proposé que seulement 57% de l'argent soit envoyé à la trésorerie du NPA, l'autre 43% allant à la minorité et à un autre groupe qui a quitté la LCR en 2009.

Nous sommes heureux de lire que la perspective d’un litige se décidant dans les tribunaux bourgeois a été évité pour l'instant, mais il ne semble pas avoir été réglé pour autant.

Les dirigeants de la minorité ont exprimé publiquement leur point de vue que le NPA ferait mieux de soutenir Jean-Luc Mélenchon, le candidat soutenu par le Parti communiste français et d'autres forces réunies autour du Parti de gauche de Mélenchon (un groupe dissident du Parti socialiste), dans l’élection présidentielle française (22 avril / 6 mai) plutôt que de continuer avec son propre candidat, Philippe Poutou.

C'est leur droit. Ils ont également été plus loin, s'engageant publiquement, en action, dans la campagne de Mélenchon, c'est-à-dire en créant une scission active ainsi qu’une différence d'opinion.

La majorité parle publiquement de la minorité comme d’un groupe qui «est à la fois à l'intérieur et l'extérieur du NPA».

Ce n'est pas une petite division. La minorité prétend représenter 40% des membres et de la direction du NPA . Ses personnalités, comme Pierre-François Grond et Myriam Martin, étaient des figures centrales de la LCR avant qu'elle ne se dissolve en 2009 dans le NPA plus grand.

Des points de vue différents sur l'élection présidentielle ne sont pas une base pour une scission.

Il existe des arguments raisonnables pour que le NPA présente Poutou comme candidat. C’est seulement avec un candidat qui lui est propre qu’un parti peut se présenter dans l'arène électorale comme une alternative politique distincte plutôt que simplement comme une force de critique et de pression, et donc la règle générale est qu'un parti avec un profil et des ressources suffisantes devrait présenter un candidat, où il le peut.

S’il a construit un profil politique en présentant des candidats - comme la LCR l’a fait avant le NPA - alors il y a un argument raisonnable pour maintenir un profil continu, et en mettant l’accent sur ce qui est permanent et fondamental au sujet des politiques, en participant encore aux élections, même si le score à une occasion particulière semble pauvre. (Poutou est actuellement à 0,5% dans les sondages d'opinion, alors que le candidat de la LCR Olivier Besancenot a obtenu 4,1% en 2007 et 4,25% en 2002).

Un argument raisonnable peut également être fait pour soutenir Mélenchon. Il a rallié le soutien bien au-delà de la portée du PCF et du Parti de gauche. De 5% dans les sondages en octobre 2011, il a augmenté à 16% aujourd'hui, et il a attiré des foules énormes.

Le NPA, en dépit d'être la plus grande force de la gauche socialiste révolutionnaire en Europe, est encore un petit groupe de quelques milliers de membres. Il gagnerait peut-être plus de force politique en s'intégrant dans les foules de la campagne de Mélenchon et en cherchant un effet de levier pour expliquer aux foules de Mélenchon comment des politiques claires de la classe ouvrière serviraient mieux leurs intérêts.

La mauvaise ligne sur des questions tactiques peut être dommageable. Mais ce sont des questions tactiques. L'élection n'est qu'un épisode. Les dégâts d'une tactique erronée ici sont beaucoup moindres que les dégâts d'une scission.

«Toute grande action commence par une déclaration de ce qui est», comme le disait Lassalle. Le renversement du capitalisme, et la victoire de l’auto-émancipation de la classe ouvrière, commence avec la création d'une force politique organisée qui prône de manière fiable et qui lutte pour que la classe ouvrière devienne la classe dirigeante et pour assurer la propriété collective démocratique des moyens de production .

Un million de questions tactiques demeurent ensuite. Mais elles sont toutes dépendantes de, et secondaires à la création et à la consolidation de cette force politique de lutte de classe et socialiste.

L'unité n'est pas un fétiche. Le futur parti de masse révolutionnaire de la classe ouvrière n’émergera pas en une ligne droite, mais seulement par un zigzag de scissions et de fusions. Parfois, les socialistes révolutionnaires n'ont pas le choix que de se diviser sur des questions tactiques.

Mais pour qu’une scission soit justifiée, sa logique se doit d’être d’une telle manière qu’elle peut expliquer aux militants de la classe ouvrière que l'alternative serait le compromis débilitant ou la paralysie.

Pour les socialistes révolutionnaires d'avoir des opinions différentes sur la tactique à suivre pour une élection est normal. De scissionner sur une telle question épisodique est une mauvaise chose.

L’AWL (Alliance for Workers Liberty) et nos prédécesseurs ont toujours eu des divergences avec le NPA et la LCR. Mais nous avons également toujours cherché le dialogue et la coopération.

La LCR et le NPA - comme l'AWL, mais, malheureusement, comme très peu d'autres organisations de la gauche radicale – ont eu un régime de débat ouvert et démocratique, avec une volonté de développer une ligne politique collective claire, mais avec le droit pour les minorités d’exprimer leur dissidence ouvertement, sans anathèmes ni expulsions. Même lorsque la LCR et le NPA ont été gravement dans l'erreur, ils ont eu une culture politique qui permettait l'auto-correction.

Cette culture politique a fait de l'existence de la LCR et le NPA, en tant qu’organisations d’un certain poids et profil, un atout pour les militants comme nous tous à travers l'Europe.

En faisant appel contre une scission, nous nous adressons principalement à la minorité du NPA, puisque, dans la mesure où nous pouvons le voir d'ici, la majorité du NPA a été libérale en octroyant des droits à la minorité.

Les déclarations de la minorité suggèrent un mouvement en direction de, non pas seulement une tactique de soutenir Mélenchon pour mieux obtenir une force pour les idées socialistes révolutionnaires distinctes, mais plutôt une identification politique virtuelle avec Mélenchon. Ils proposent come future organisation une «gauche anti-crises», se démarquant par l'engagement de ne pas adhérer à un gouvernement dirigé par Hollande et pas beaucoup plus.

Il semble incongru pour les militants en Grande-Bretagne de rappeler ceci aux militants en France, mais s'opposer à la social-démocratie n'est pas suffisant. Pendant de nombreuses décennies le Parti communiste français a été quelque peu à gauche de la social-démocratie sur les questions de la politique française. Dans le passé, le PCF a eu des scores plus élevés que ceux que Mélenchon fait maintenant (21% à l'élection présidentielle de 1969). Aujourd'hui, le PCF est l'épine dorsale de la campagne de Mélenchon.

Mais la LCR et le NPA ont existé précisément parce que le PCF, même si «à gauche», a été une force pour la corruption, la bureaucratisation et la mauvaise éducation, non pas pour l'édification, dans la classe ouvrière.

Le PCF était à la droite de la social-démocratie sur de nombreuses questions internationales, notamment les droits des travailleurs dans les États staliniens, et le aujourd’hui le PCF a échappé au vieux contrôle de Moscou? Oui, mais même aujourd'hui le PCF est pourri sur les questions internationales, et ce n'était pas seulement la ligne du PCF sur les questions internationales qui nous a fait argumenter qu'un parti meilleur était nécessaire.

La minorité a critiqué le PCF pour indiquer qu'il entrerait dans un gouvernement dirigé par Hollande, ça ne lui donne pas une chance? Oui, mais une force politique adéquate de la classe ouvrière ne se définit pas seulement et pas principalement par ce quoi elle est contre, mais par ce quoi elle est pour.

De définir la gauche en voulant qu’elle se démarque seulement par opposition au PS, laisse les dirigeants du PS, plutôt que nous, définir les paramètres, et ça conduit à la fois au sectarisme envers les travailleurs qui soutiennent le PS, et à l’insipidité politique.

Regardez ce qui s'est passé à la précédente (plus petite) minorité qui a quitté le NPA en 2009, la Gauche Unitaire dirigée par Christian Picquet. Picquet dirige actuellement le personnel de la campagne de Mélenchon. La GU n’est pas intervenue dans la campagne de Mélenchon pour faire avancer la politique socialiste révolutionnaire. La campagne de Mélenchon est «survenue» et les a absorbé.

Myriam Martin, une dirigeante de la minorité actuelle, a été cité en disant: «Nous avons eu des interprétations différentes du projet initial [du NPA]. C’était des choses qui n’ont pas été suffisamment clarifiées au cours de ces deux dernières années».

Cela semble vrai. Le mouvement pour créer le NPA est arrivé après plusieurs années de débat dans la LCR à propos de reconstituer une «nouvelle force anticapitaliste» - à partir des groupes dissidents du PS et du PCF, et ainsi de suite - dans laquelle la LCR pourrait alors fusionner. Les négociations n'ont rien donné à plusieurs reprises, et enfin la LCR a décidé de lancer un «nouveau parti anti-capitaliste" par un appel direct de la LCR à des militants individuels.

Il y avait beaucoup de discussions à propos du «nouveau parti» qui néanmoins ne peut pas être juste une LCR élargie et renommée. Mais, comme nous l'avons dit lorsque nous avons assisté au congrès de la LCR qui a décidé de la campagne pour le NPA, personne ne devrait s'attendre à un miracle pour s’assurer de ça. Le NPA serait un groupe avec grosso modo les mêmes politiques que la LCR, mais avec une portée plus large - et c'est une bonne chose aussi.

Le NPA, lors du premier lancement, a attiré environ 9000 membres, comparativement à celui de 3000 pour la LCR. Peut-être inévitablement compte tenu des conditions politiques, peut-être en partie en raison d'erreurs (nous ne savons pas), il y a eu beaucoup de crises depuis lors. Lorsque le NPA a tenu des congrès locaux en vue de sa conférence de juin 2011, le nombre total des votants n'était que de 3100.

Les crises ont causé plus de désarroi que nécessaire, car de nombreux membres de la LCR et du NPA espéraient quelque chose de miraculeux - espéraient que le changement du format de la LCR au format NPA leur permettrait en quelque sorte de sauter par-dessus le problème que les idées socialistes révolutionnaires ne convainquent encore qu'une petite minorité (bien qu’une minorité plus grande en France qu'en Grande-Bretagne).

Il y avait beaucoup de discussions à propos d’une «nouvelle époque, un nouveau programme, un nouveau parti». Mais de vouloir une nouvelle réflexion, comme une chose généralement bonne, n'est pas la même chose que de la produire.

Trop souvent, dans la pratique, le désir d'un «nouveau programme» a conduit à laisser tomber «le vieux» programme, et son remplacement par aucun programme du tout, au-delà d'un ton vocal et militant sur les causes de la «gauche» telles que définies par l'opinion publique large, plutôt que par une révision soigneusement analysée à la lumière des nouvelles conditions.

Un brin de cette évolution que nous avons particulièrement remarqué a été mis sur Israël et la Palestine. La LCR expliquait (parfois plus clairement, parfois moins) que «deux États semblent être le seul moyen d'ouvrir, à terme, la voie vers une solution fédérale ou confédérale pour les deux groupes qui occupent la même terre» (bit.ly / lcrisrael). Le NPA fait écho seulement à une «large» indignation anti-Israël, dans des tons militants impliquant un désir de voir Israël se faire détruire, sans l'ombre d'une approche indépendante visant à unir les travailleurs juifs et arabes.

Une évolution similaire sur d'autres questions a conduit à un débat dans le NPA se réduisant, de plus en plus, à des querelles sur la tactique électorale. Cela, combiné avec les désirs impatients d’échapper comme par magie aux irritations du socialisme révolutionnaire d’être encore pour l'instant une cause d’une petite minorité, a conduit à un danger de scission.

Nous lançons un appel à tous les militants du NPA à se mobiliser contre la scission.

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