Les socialistes et l'Europe

Submitted by martin on 13 December, 2011 - 6:31

Les nations n'ont pas toujours existé. En Europe, la croissance du commerce a créé des unités avec une langue commune, une culture, des lois, un système fiscal et des communications, les États-nations qui se sont développés entre les 16e et 19e siècles.

Mais une contradiction s’est ensuite développée. L'économie capitaliste est devenue de plus en plus liée à l'État-nation. Aujourd'hui, même après tous les discours des conservateurs de «faire reculer l'État», l'Etat est toujours un facteur énorme dans l'économie britannique. Plus de 30% du revenu national passe par les mains de l'État. D'un autre côté il y a une tendance pour le capital à dépasser les limites de l'État-nation, pour devenir de plus en plus international et mondial.

Ainsi le capitalisme crée les États-nations et se lie avec eux, mais déborde aussi leurs limites. En Europe, cette contradiction a été gérée de différentes façons à différents moments. Dans la première partie du 20ème siècle elle était gérée par les guerres commerciales et par les guerres mondiales.

Après 1951, les États capitalistes de l’Europe occidentale ont essayé de la gérer d'une manière différente - en avançant lentement vers l'unification de ces États. Le contexte était le suivant:

• La semi-destruction des empires coloniaux des États européens après la Deuxième Guerre mondiale;

• La faiblesse de leurs économies par la suite, ce qui signifiait qu'ils étaient sous la coupe des États-Unis;

• Que les États-Unis voulaient une Europe occidentale stable, qui serait un rempart contre l'URSS et une meilleure arène pour les multinationales américaines.

Paradoxalement, bien que l'Union Européenne s’est développée pour fournir un marché national plus grand pour les entreprises capitalistes européennes pour concurrencer les entreprises américaines, elle était également un développement promu par les capitaux américains sur l’Europe.

Le développement est passé de la Communauté Européenne du charbon et de l'acier de 1951 (France, Allemagne, Italie, Benelux), étape par étape à travers des élargissements successifs et jusqu’à la création de l'Euro au début de 1999. Nous ne pouvons pas répondre en voyant ce que les capitalistes veulent et en proposant le contraire. Nous ne pouvons pas simplement mettre un moins la ou la classe dirigeante met un plus. Si nous faisions cela, nous perdrions toute indépendance de jugement.

Nous sommes pour l'abolition des barrières entre les nations, et pour des unités politiques plus grandes. La raison pour laquelle nous n'avons pas «soutenu» la lente semi-unification de l'Europe au cours des 60 dernières années est que les classes capitalistes l’ont fait à leur manière, non pas parce que nous préférons des barrières plus élevées entre les nations.

Les patrons ont construit une unité très bureaucratique, antidémocratique et non rentable, avec une politique délibérée de prix alimentaires élevés, par exemple, et des barrières plus élevées contre les immigrés extra-européens alors que les barrières à l'intérieur de l'Europe sont réduites.

Nous nous opposons à ces choses - mais pas en opposant l'État britannique et le passé de l'Europe au présent.

La Grande-Bretagne n'a pas adhéré à la CEE (ancêtre de l'UE) quand elle a été mise en place en 1957, pendant 15 années supplémentaires. Il n'y avait rien de progressiste ou socialiste dans le fait de rester à l’extérieur. De toutes les puissances en Europe, la Grande-Bretagne avait de loin le plus grand empire qui demeurait après la Deuxième guerre mondiale et les liens économiques les plus étroits avec les États-Unis. La classe dirigeante britannique recherchait une politique économique orientée vers l'ancien Empire et les États-Unis.

En outre, à l’époque de l'entrée de la Grande-Bretagne dans l'Union Européenne en 1972, nombre de personnes dans le mouvement ouvrier britannique se sentaient dans une position plus forte que le mouvement ouvrier en Europe continentale. C'était une sorte d'auto-satisfaction nationale. Ils croyaient qu’en Grande-Bretagne les syndicats avaient l'oreille du gouvernement, et que dans une Europe élargie ne serait pas aussi facile.

C'était une sorte de doctrine du «capitalisme réformiste dans un seul pays».

En tant que marxistes, nous n'avons pas de sympathie pour la nostalgie, le désir de s'orienter vers un empire en déclin et les États-Unis, ou pour un «capitalisme réformiste dans un seul pays».

Dans les débats sur l'opportunité pour la Grande-Bretagne de rejoindre ou non l'Union Européenne, nous avons refusé de prendre parti. Nous n’étions pas favorables à l'entrée, à cause de la nature capitaliste et antidémocratique de l'Union Européenne, pas plus que nous nous y opposions en disant: «Gardez la Grande-Bretagne à l’extérieur». Peu importe ce que les capitalistes ont décidé, nous le disions, notre réponse doit être l'unité des travailleurs dans toute l’Europe.

Lorsque l'entrée britannique dans l'UE a d'abord été évoquée en 1962-3, le Parti communiste (alors fort) s'y était opposé, misant sur l’auto-satisfaction nationale du mouvement ouvrier, mais en réalité motivé par le désir de l'URSS pour garder les puissances européennes occidentales désunies et en contradiction les unes avec les autres. La direction (de droite) du Parti travailliste s'y est également opposée, lui opposant le «Commonwealth» (ex-Empire).

Tous les courants trotskystes ont rejeté la ligne de la direction du PC et du Parti travailliste. Ils argumentaient que le travail des marxistes était d'opposer l'unité ouvrière dans toute l'Europe contre les deux options capitalistes, d’être «à l’intérieur» ou «à l’extérieur»  .

Comme la Grande-Bretagne se rapprochait de l'entrée, et l'agitation du mouvement ouvrier contre l'entrée a augmenté, les courants soi-disant trotskystes ont cependant plié sous la pression et opté pour une position «garder la Grande-Bretagne à l’extérieur» . La désormais défunte Socialist Labour League (Ligue socialiste ouvrière), alors le plus grand groupe soi-disant trotskyste et celui qui a fait plus de bruit sur le fait d'être «révolutionnaire» et «intransigeant», a été le premier à faire ce tournant opportuniste. D'autres ont suivi. Le dernier était IS (l'ancêtre du SWP) en 1971. Le seul groupe qui est resté fidèle à ses principes était Workers Fight (la lutte des travailleurs), l'ancêtre de l'AWL.

En 1999, un noyau intérieur de l'Union Européenne a adopté une monnaie unique, l'Euro. L'objectif était de réduire les risques et les coûts du commerce au sein de l'UE, et de donner une impulsion vers un système financier uniforme dans l'UE, vers l'intégration économique, et vers de véritables multinationales européennes (dont la base serait l'Europe plutôt qu’un État européen particulier).

L'entreprise a été bâclée. Nous le disions à l'époque. Le traité de Maastricht, qui était censé installer les conditions nécessaires à la monnaie unique, avait à peu près autant à voir avec sa viabilité qu’un diplôme d'études universitaires en lettres classiques a de démontrer que telle personnne était le «type approprié» pour diriger l'Inde à l’apogée de l'Empire britannique.

Les patrons de l'UE calculaient qu'un gouvernement préparé à faire des coupures de la manière exigée par les conditions de Maastricht serait le «type approprié» de gouvernement pour prendre part à la monnaie unique. Une monnaie unique a donné plus d'occasions d'accumuler les déficits budgétaires que les monnaies distinctes, et les grandes puissances de l'UE ont voulu limiter cela. En fait, ces grandes puissances n’ont pas tardé à enfreindre elles-mêmes les conditions de Maastricht, qui sont devenues à peine plus qu'une liste de souhaits.

Les chefs de l'UE ont donné à la Banque Centrale Européenne des pouvoirs antidémocratiques et pour mandat de garder l'inflation basse à tout prix et de ne jamais renflouer les gouvernements.

Ainsi, nous ne cautionnons pas le projet monnaie unique de l’UE. Tout comme nous n'avons pas dit «non» à la monnaie unique pour les mêmes raisons que nous ne disons pas simplement «non» à la tendance générale de l'internationalisation du capitalisme.

L'alternative immédiate à la monnaie unique n’est pas et n’était pas une Europe socialiste, mais une Europe capitaliste avec les plus grands obstacles économiques entre les nations. Ce n'est pas une meilleure option pour la classe ouvrière.

Une devise ou plusieurs est une question pour les capitalistes. Il n'est pas de notre devoir de donner des conseils aux capitalistes. Nous sommes en faveur d'une monnaie unique dans son principe. Nous étions contre la façon dont l'Euro a été introduite et contre les gens qui l’ont fait.

Notre réponse est l'unité des travailleurs, et une lutte pour le nivellement par le haut des prestations, pensions, salaires, conditions de travail et des droits syndicaux à travers l'Europe. C'est un combat pour la démocratie en Europe et vers une Europe socialiste.

Traduction de Hugo Pouliot

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