Nous disons : Soutenons les Palestiniens à l’ONU

Submitted by martin on 12 October, 2011 - 8:19

Les démocrates et les socialistes devraient soutenir la tentative de l'Autorité Palestinienne d’obtenir la reconnaissance des Nations Unies pour un État palestinien souverain sur la base des frontières de 1967.

Premièrement, parce que les Palestiniens ont droit à un État qui leur soit propre. Ensuite, parce que la situation dans laquelle les Palestiniens sont maintenant enfermés en est une dans laquelle ils ne peuvent pas espérer gagner.

La déclaration d'un État palestinien se concentre sur la question fondamentale - deux États comme étant la seule solution possible.

C'est une évolution logique et nécessaire du processus initié par les accords d'Oslo de 1993. Malgré la poursuite de l'occupation israélienne et la sécession de Gaza, les rudiments d'un État palestinien existent en Cisjordanie. Ceci est largement reconnu - par exemple par le FMI et la Cisjordanie.

La déclaration consiste pour l'essentiel en une réaffirmation de la décision de partition de l'ONU en 1947 sous laquelle Israël a vu le jour. (Le territoire alors attribué à un État palestinien a été pris en 1948-9 par la Jordanie, l'Egypte, et une petite partie de lui, par Israël). La résolution 242 de l'ONU, à partir de 1967, appelle déjà Israël à se retirer des territoires occupés. Les colonies sont illégales selon les termes des résolutions de l'ONU.

La déclaration réalise d’une manière inattendue - et bien sûr extrêmement insuffisante, pas plus que symbolique - une variante de l'engagement de 2003 du Quartet (ONU, Union Européenne, Russie, Etats-Unis) pour un État palestinien souverain en 2011.

Le progrès vers un État palestinien en accord avec Israël serait beaucoup mieux? Il le serait. Mais tout discours de ce genre par le gouvernement israélien n’est que pure hypocrisie. Il ne veut pas de règlement impliquant un État palestinien indépendant.

Tout progrès convenu vers la paix est essentiellement bloqué par le refus obstiné d'Israël d'un État souverain palestinien indépendant dans des territoires contigus, côte à côte avec Israël.

Et ce n'est pas seulement une question d'impasse. La position des Palestiniens est constamment érodée.

C’est l'intention du gouvernement Netanyahu, comme des précédents gouvernements israéliens, d’éliminer systématiquement la possibilité d'un État palestinien. Au mieux, ils préféreraient se contenter d'un «État palestinien» comprenant des parcelles de territoires palestiniens séparées, sous contrôle israélien.

La déclaration d'un État palestinien souverain ne changera pas en elle-même tout cela. Sur un plan immédiat, elle peut aggraver la situation.

Mais elle est un symbole, et les symboles sont des choses puissantes. Les «faits sur le terrain» d’Israël - les colonies – pointent dans une direction. Ce sont des symboles qui peuvent indiquer, préfigurer et tracer des faits accomplis sur le terrain.

Le printemps arabe a changé radicalement la situation à laquelle Israël fait face. La vieille autocratie en Egypte avait, depuis les années 1970 et après les guerres dont la dernière fût la guerre du Kippour en 1973, atteint un compromis avec Israël. Récemment l'ambassade israélienne au Caire a été incendiée.

Les régimes arabes plus ouverts à des pressions de masse seront dans une grande mesure plus hostiles à Israël que les anciens régimes. Nous pouvons voir un changement aussi dans la Turquie islamique, longtemps un allié d'Israël.

Les Palestiniens ne peuvent jamais espérer gagner à moins qu’Israël soit contraint par la pression internationale de régler avec eux, avec quelque chose comme une acceptation des droits des Palestiniens.

Tout progrès vers un règlement convenu entre les Israéliens et les Palestiniens se heurte à deux obstacles géants. Du côté israélien, le progrès à un règlement juste est bloqué par la colonisation israélienne dans les territoires arabes depuis 1967. Il y a maintenant un demi-million de colons israéliens en Cisjordanie.

Du côté palestinien, l’obstacle est la demande pour le «droit au retour» des cinq millions de descendants des 750 000 Arabes qui ont fui ou ont été expulsés du territoire israélien en 1948.

Dans la pratique, c’est une revendication pour l'abolition de l'État hébreu. Elle est en contradiction avec la reconnaissance d’Israël par l’Organisation pour la Libération de la Palestine en 1988, et sa proposition d'une solution à deux États au conflit.

Mais la déclaration unilatérale d'un État abandonne implicitement la liaison d'un État palestinien avec la demande pour le «retour» de cinq millions de personnes dans ce qui est maintenant Israël. Elle démêle les enjeux qui pourraient s'avérer d’une certaine manière impossibles dans les négociations.

Désormais, le point de vue palestinien sera pour la reconnaissance de l'État qu’ils ont déclaré, et son territoire, avec des négociations concrètes au sujet des colonies - peut-être le démantèlement de certaines, et l'échange de terres pour le territoire palestinien occupé par les autres. (Il a été affirmé que le geste palestinien pour la reconnaissance de l'ONU devance la discussion sur les ajustements aux frontières de 1967. Non, il ne le fait pas. Il ne fait que renforcer et clarifier la position palestinienne).

En dissociant la question d'un État palestinien du "droit au retour», la déclaration abandonne, ou en tout cas met de côté, la volonté irrédentiste, moralisatrice et cherchant une revanche historique de la part des Palestiniens et de la diaspora de descendance palestinienne pour détruire Israël.

De toute façon, les deux obstacles à un accord, palestinien et israélien, ne sont pas équivalents.

Le "retour" est tout simplement une demande, dont certains au moins de ceux qui en parlent doivent accepter qu’elle est intérieurement irréalisable. La politique israélienne de colonisation est un fait, et un fait croissant, qui se développe et qui est en plein essor.

Israël n’accepte pas de limites à l'expansion des colonies. Les colons, et les systèmes routiers et de défense israéliens qui vont avec, sapent et en même temps détruisent la possibilité même d'un État palestinien.

Du point de vue des intérêts nationaux israéliens, la déclaration, en séparant théoriquement et d’une manière préfigurée deux peuples disctincts avec une base territoriale, la nation palestinienne et la nation hébraïque, va aider à sécuriser Israël et les revendications du nationalisme israélien qui sont politiquement et moralement viables .

Si l'option d'un État palestinien est finalement sabordée par l'expansion des colonies israéliennes, alors la seule alternative sera pour les Palestiniens et leurs partisans de se battre pour la pleine intégration des Juifs et des Arabes palestiniens dans un État commun.

Ceux qui croient en un État juif ne peuvent vouloir qu’il ait une minorité non-juive si grande et qui se sente exclue de la société. Une des objections à Netanyahu et à la droite israélienne est que même en tant que nationalistes juifs ils sont stupides - abrutis par le pouvoir et l'abus de pouvoir contre les Palestiniens - des Samsons aveugles, détruisant les piliers de l'entité israélienne.

Une déclaration d'indépendance provoquera bien plus de violence qu’il y en a eu depuis quelques années. Elle peut déclencher une nouvelle Intifada, seulement maintenant dans le contexte du «printemps arabe» et comme une partie de celui-ci. Elle peut conduire certains des colons à entrer en guerre contre leurs voisins palestiniens. Une guerre qui couve peut dégénérer en quelque chose de bien pire. Elle ne se produira que si le gouvernement israélien l’autorise. La déclaration peut également conduire à des sanctions économiques israéliennes, voire des sanctions américaines contre l'Autorité Palestinienne.

Il peut y avoir toutes sortes de conséquences secondaires désagréables. Si nous étions assis à la place des Palestiniens, elles pourraient nous faire hésiter à voter pour la déclaration unilatérale d'un État palestinien souverain. Mais le choix des dirigeants élus des Palestiniens est ce qui importe ici.

S’ils vont de l’avant, ils auront droit au soutien des socialistes et des démocrates partout dans le monde.


Traduction de Hugo Pouliot

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